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ASIE / Moyen-Orient

L'actualité de la semaine en Asie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a prévenu jeudi 11 octobre que son pays ne resterait pas silencieux après la disparition à Istanbul du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputée à l'Arabie saoudite à laquelle Donald Trump continue de réclamer des explications. L'éditorialiste, critique du pouvoir saoudien et collaborateur du Washington Post, n'a plus donné de signe de vie depuis son entrée le 2 octobre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Des responsables turcs ont affirmé qu'il y avait été assassiné par des agents saoudiens. Riyad dément et maintient, sans preuve à l'appui, qu'il a quitté le bâtiment.

Le président des États-Unis a déclaré que des enquêteurs américains travaillaient avec la Turquie et l'Arabie saoudite, mais cette participation a été démentie par des sources diplomatiques turques. « Nous allons étudier cela très, très sérieusement. Je n'aime pas cela du tout », a réaffirmé Donald Trump. « C'est un précédent terrible, terrible », a-t-il estimé. Mais à ce stade, les pressions américaines se bornent à demander des explications à l'Arabie saoudite, allié traditionnel des États-Unis avec lequel l'administration Trump a encore renforcé les liens. La Maison-Blanche et le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo se sont entretenus avec le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Washington a aussi demandé à l'ambassadeur saoudien, rentré dans son pays, « d'apporter des informations à son retour aux États-Unis », a dit la porte-parole de la diplomatie américaine Heather Nauert. Elle a appelé, malgré « l'extrême préoccupation » aux « plus hauts niveaux » du gouvernement, à se méfier des « rumeurs » et « spéculations » qui circulent. En revanche, le président américain a d'ores et déjà exclu un gel des ventes d'armes américaines en guise de sanctions.

« Une montagne de preuves »

Les Saoudiens « dépensent 110 milliards de dollars en équipements militaires et sur des choses qui créent des emplois [...] dans ce pays. Je n'aime pas l'idée de mettre fin à un investissement de 110 milliards de dollars aux États-Unis » qu'ils risqueraient de « dépenser en Russie ou en Chine », a-t-il lancé depuis la Maison-Blanche. « Si cela s'avère finalement aussi mauvais que cela semble en avoir l'air, il y a certainement d'autres moyens de gérer la situation », a-t-il ajouté.

Mais Donald Trump est lui-même sous la pression croissante du Congrès américain. D'influents sénateurs de son propre camp républicain affichent une extrême fermeté à l'égard du royaume sunnite, et soulignent qu'ils peuvent bloquer les ventes d'armes si les pires soupçons concernant le journaliste se confirment. Selon le Washington Post, les services de renseignements américains avaient connaissance d'un projet saoudien, impliquant le puissant mais controversé prince héritier, jusqu'ici soutenu par les États-Unis, consistant à attirer Jamal Khashoggi dans un piège pour l'arrêter. Mais le département d'État américain a démenti que Washington ait eu des informations à l'avance sur sa disparition.

Le même journal a également avancé qu'Ankara aurait affirmé à Washington détenir des enregistrements audio et vidéo montrant comment Kashoggi a été « interrogé, torturé, puis tué » à l'intérieur du consulat, avant que son corps ne soit démembré. L'Agence France-Presse n'était cependant pas en mesure de vérifier ces informations et les responsables du département d'État n'ont pu être joints pour les commenter.

« Mohammed ben Salmane doit immédiatement dévoiler toutes les preuves et informations dont disposerait l'Arabie saoudite », a plaidé Human Rights Watch, évoquant « une montagne de preuves mettant en cause » Riyad. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, a, lui, prévenu les autorités saoudiennes qu'elles s'exposeraient à de « graves conséquences » en cas de responsabilité dans sa disparition ou son éventuel assassinat.

Côté turc, des images de vidéosurveillance tournées à l'extérieur du consulat ont déjà été diffusées par les médias, montrant le journaliste y entrer, puis un va-et-vient de véhicules. Les Saoudiens ont rétorqué que les caméras de la mission diplomatique ne fonctionnaient pas ce jour-là. Se montrant sceptique, le président Erdogan a souligné que l'Arabie saoudite avait les systèmes de vidéosurveillance « les plus avancés ». « Si un moustique sort, leurs systèmes de caméras vont l'intercepter », a-t-il ironisé.

Machination

« Cet incident s'est déroulé dans notre pays. Nous ne pouvons rester silencieux », a-t-il prévenu. Son porte-parole a affirmé jeudi soir qu'un « groupe de travail » turco-saoudien serait formé à la demande de l'Arabie pour tenter d'élucider le mystère de la disparition de Jamal Khashoggi. Le journaliste s'est exilé en 2017 aux États-Unis, après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier.

Depuis le début de l'affaire, des comptes Twitter pro-saoudiens accusent pêle-mêle le Qatar, rival régional de Riyad et allié d'Ankara, la Turquie, les Frères musulmans ou encore sa fiancée turque de mener une machination pour discréditer l'Arabie saoudite. Après la publication mercredi par le quotidien progouvernemental turc Sabahdu nom, de l'âge et des photographies de quinze hommes présentés comme l'« équipe d'assassinat » dépêchée par Riyad, des médias et des comptes sur les réseaux sociaux ont pu identifier une grande partie d'entre eux comme étant des officiers des services de sécurité ou des proches du prince héritier.

Le patron de Virgin gèle ses relations avec Riyad

Le milliardaire britannique Richard Branson a annoncé qu'il gelait plusieurs projets d'affaires avec l'Arabie saoudite, la pressant de faire la lumière sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. «  Si ce qui a été rapporté à propos de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi est véridique, cela changerait radicalement les perspectives d'affaires de tous les Occidentaux vis-à-vis du gouvernement saoudien  », a souligné Richard Branson dans un communiqué publié jeudi soir sur le site de son groupe, Virgin.

Il a ajouté avoir demandé «  davantage d'informations de la part des autorités en Arabie saoudite et une clarification de leur position vis-à-vis de Jamal Khashoggi  ». «  En attendant que ces enquêtes soient menées et que le sort de Jamal Khashoggi soit éclairci, je vais suspendre ma participation à deux projets touristiques. Virgin va aussi suspendre ses discussions avec le fonds souverain d'investissement (saoudien, ndlr) à propos d'un investissement éventuel dans nos compagnies spatiales Virgin Galactic et Virgin Orbit.  »

Richard Branson avait accepté dernièrement un poste de conseiller auprès des autorités saoudiennes pour des projets touristiques sur le littoral de la mer Rouge. «  J'avais de grands espoirs dans le gouvernement actuel de l'Arabie saoudite et dans son leader le prince héritier Mohammed ben Salmane et c'est pour ça que j'avais accepté avec plaisir ces missions de conseiller  », a-t-il expliqué dans son communiqué.

L'an passé, Virgin avait par ailleurs annoncé des discussions qui visaient à finaliser un investissement d'un milliard de dollars du fonds souverain saoudien dans Virgin Galactic. Plus tôt dans la semaine, lors d'une intervention distincte à Singapour, Richard Branson avait annoncé que la compagnie spatiale de Virgin pourrait lancer son premier vol dans l'espace «  dans les semaines à venir  ».

Avec le Point

 

 

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