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EUROPE

L'actualité de la semaine en Europe

La Bulgarie était en deuil lundi après la mort brutale de la journaliste de télévision Viktoria Marinova alors que les autorités, confrontées à de récurrentes accusations de corruption, étaient sous pression pour élucider ce meurtre qui suscite des réactions indignées en Europe.

Plusieurs centaines de personnes, donc beaucoup en pleurs, se sont réunies dans la soirée à la lueur de bougies autour d'un portrait de la jeune femme dans le centre de Roussé, ville du nord de la Bulgarie où son corps a été découvert samedi dans un parc. Viktoria Marinova, 30 ans, a été étranglée et violée. 

«C'était quelqu'un de bien, toujours souriante. Je ne pense pas qu'elle ait été menacée», estime Venelin Rumenov, 27 ans. Un rassemblement similaire s'est déroulé à Sofia.

Présentatrice sur TVN, une chaîne locale de Roussé, un grand port danubien à la frontière avec la Roumanie, Viktoria Marinova y animait une émission consacrée aux questions de société.AFP

Dans le numéro du 30 septembre, elle avait diffusé un entretien avec deux journalistes d'investigation réputés enquêtant sur des soupçons de fraudes aux fonds européens qui impliqueraient des hommes d'affaires et des élus.

Comme plusieurs institutions internationales, l'UNESCO a appelé les autorités à «mener des investigations approfondies sur ce crime pour que ses auteurs puissent être jugés» alors que Sofia, sous surveillance de l'UE sur la corruption, peine à juguler ce mal endémique.

«Toutes les pistes sont examinées par les enquêteurs», a affirmé le procureur général de Roussé Sotir Tsatsarov.

Pour Elizabeta, 49 ans, qui connaissait personnellement la victime, ce meurtre n'est «pas lié au dernier numéro de son émission». Pour elle, «c'est très probablement le fait d'un malade». Le mode opératoire et les indices laissés sur place ne plaident pas pour un assassinat de professionnel, estime-t-elle.

Neli Dyulenova, 55 ans, également venue rendre hommage à la journaliste, n'est toutefois pas de cet avis. «J'ai vu le dernier épisode de son émission et oui, je pense tout à fait qu'elle ait pu être tuée à cause de son travail», affirme-t-elle.

La commission européenne a annoncé lundi saisir l'OLAF, l'office européen de lutte contre la fraude, sur des allégations d'escroquerie aux fonds européens en Bulgarie tels qu'évoqués dans l'émission.

Le pays, lanterne rouge de l'UE en matière de liberté de la presse, selon les ONG spécialisées, est classé à la 111e place mondiale sur 180 dans le dernier rapport de Reporters sans Frontières (RSF).

Plusieurs observateurs internationaux ont relevé que Viktoria Marinova était la troisième journaliste tuée en un an en Europe après le reporter Jan Kuciak en Slovaquie en février et la journaliste maltaise Daphné Caruana Galizia en octobre 2017.

Encore «une journaliste courageuse tombée dans la lutte pour la vérité et contre la corruption», a commenté le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans sur Twitter.

En Bulgarie, les chaînes nationales n'ont consacré que quelques minutes au meurtre de la journaliste et ses confrères se perdaient lundi en conjectures.

«Le pays a une mauvaise image en ce qui concerne la liberté des médias, mais il est possible que ce cas ne s'inscrive pas dans ce contexte», estime pour l'AFP Svetoslav Terziev, analyste dans la presse d'opposition et enseignant à la faculté de journalisme.

«Elle n'est pas la journaliste d'investigation typique. Sa nouvelle émission ne semble pas pouvoir être un mobile d'assassinat», selon Tihomir Bezlov, du groupe de réflexion Center for the Study of Democracy (CSD) à Sofia.

«La mort de Viktoria est une exécution faite pour servir d'exemple», accuse au contraire le cofondateur du site bulgare d'investigation Bivol.bg, Assen Yordanov, dont les journalistes, régulièrement menacés, avaient été reçus dans la dernière émission de Mme Marinova.

Mère d'un enfant, journaliste «disciplinée, ambitieuse, allant jusqu'au bout» selon un confrère, Viktoria Marinova avait expliqué lors de sa dernière émission vouloir donner «une tribune» au journalisme d'investigation, déplorant «la pression» des politiques et des milieux d'affaires, des propos rares à la télévision bulgare.

Des sources policières ont déclaré à l'AFP douter du lien direct entre le meurtre et la profession de la journaliste. «Son téléphone portable, ses clés de voiture, ses lunettes et une partie de ses vêtements ont disparu», a précisé le parquet local.

Le premier ministre de centre droit Boïko Borissov a assuré que l'élucidation du crime n'était «qu'une question de temps».

Selon le dernier rapport de RSF, les journalistes d'investigation bulgares sont exposés à «de nombreuses formes de pression et d'intimidation» et font face à des «oligarques exerçant un monopole médiatique et à des autorités soupçonnées de corruption et de liens avec le crime organisé».

Avec le Journal de Montréal

 

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