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Genève / Kinshasa, 23 juillet 2026 – Des experts indépendants des Nations Unies ont lancé, le 21 juillet 2026, un appel solennel pour mettre fin aux violences systématiques attribuées au Mouvement du 23 Mars (M23) dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un communiqué publié depuis Genève, ils qualifient de « règne de la terreur » le système de contrôle imposé par le groupe armé, fondé sur la torture, y compris sexuelle, les détentions arbitraires et le recrutement forcé. Ils appellent simultanément les États et l’ONU à relancer l’accord de cessez-le-feu signé en décembre 2025 entre Kinshasa et le M23, soutenu par le Rwanda selon de nombreuses sources internationales.
 
« Les viols, les viols collectifs, les agressions d’une violence extrême et les assassinats de civils constituent une caractéristique récurrente du mode opératoire du M23. Si ces crimes ne sont pas l’apanage du M23, le nombre de personnes touchées est effarant et cette situation doit cesser », déclarent les experts.
 
Selon eux, le M23 a instauré un système d’autorité de facto dans les territoires qu’il contrôle (principalement le Nord-Kivu et le Sud-Kivu). Ce système repose sur des arrestations et détentions arbitraires, la torture (y compris sexuelle), le travail forcé et le recrutement armé forcé. Les motifs invoqués sont souvent illégaux : allégations de collaboration avec les Forces armées de la RDC (FARDC) ou les groupes Wazalendo, refus de travaux communautaires obligatoires, ou simples soupçons. Des cas d’enlèvements, d’incendies criminels et de chantage sont également signalés
 
Les personnes arrêtées seraient transférées vers des lieux de détention non officiels, caractérisés par une surpopulation extrême, l’insalubrité, l’absence quasi totale de soins médicaux et la privation systématique de nourriture et d’eau. Les détenus subiraient des passages à tabac quotidiens. Plusieurs décès en détention ont été recensés. La libération dépendrait fréquemment du paiement de rançons exigées auprès des familles.
 
Ces révélations s’inscrivent dans un contexte humanitaire catastrophique. Le Secrétaire général des Nations Unies a rapporté que plus de 90 000 cas de violences sexuelles liées au conflit armé ont été recensés en 2025. Les experts soulignent que ces violences touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles, et appellent à une prise en charge centrée sur les survivantes et sensible au genre.
 
Les experts exhortent les États et l’Organisation des Nations Unies à contribuer à la relance de l’accord de cessez-le-feu de décembre 2025. Ils rappellent que « la violence est inacceptable. Elle doit cesser immédiatement et faire l’objet d’enquêtes approfondies afin que les responsables répondent de leurs actes. Toutes les parties au conflit doivent respecter le droit international des droits de l’homme et le droit international humanitaire et prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la population civile »
 
Les experts, qui agissent à titre indépendant dans le cadre des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme, ont indiqué être en contact avec le gouvernement congolais et avoir porté leurs préoccupations à l’attention des autorités rwandaises.Parmi les signataires figurent notamment Alice Jill Edwards, Rapporteuse spéciale sur la torture ; Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes et les filles ; ainsi que les membres du Groupe de travail sur la discrimination à l’égard des femmes et des filles et du Groupe de travail sur la détention arbitraire.
 
La déclaration intervient alors que l’est de la RDC continue de connaître une instabilité persistante. Depuis sa résurgence en 2021 et l’offensive majeure de 2025, le M23 (également désigné sous l’alliance AFC/M23) contrôle de vastes zones des Kivus. Les accords de paix conclus sous médiation américaine (Washington, décembre 2025) et qatarie (Doha) peinent à se traduire sur le terrain, les hostilités et les violations des droits humains se poursuivant. La population civile reste la principale victime d’un conflit qui mêle enjeux sécuritaires, miniers et géopolitiques régionaux.Cette prise de position des experts de l’ONU constitue un signal d’alarme clair. Elle rappelle que la protection des civils et le respect du droit international humanitaire ne peuvent être subordonnés aux calculs politiques. Sans une relance effective du cessez-le-feu et des enquêtes indépendantes, le « règne de la terreur » dénoncé aujourd’hui risque de s’inscrire durablement dans le paysage de l’est congolais.
 
Nadine Kibau