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Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, a clarifié la menace de retrait des troupes rwandaises du Mozambique en affirmant que Kigali retirera effectivement ses forces de la province de Cabo Delgado si un financement international suffisant et prévisible n’est pas garanti pour soutenir la mission antiterroriste.Dans des déclarations rapportées le 14 mars 2026 par l’Associated Press (AP), Reuters et d’autres médias, le ministre des Affaires étrangères rwandais a insisté sur le caractère ferme de cette position : « Ce n’est pas que le Rwanda pourrait se retirer.
 
C’est que le Rwanda se retirera » en l’absence d’un soutien financier durable de la part des bailleurs internationaux. Il a ainsi rejeté les formulations plus nuancées (« pourrait ») pour marquer une ligne rouge claire et conditionnelle.Cette précision fait suite aux propos tenus par la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, qui avait déclaré sur X que le déploiement bilatéral des forces de défense rwandaises (RDF) – environ 2 000 soldats et policiers depuis 2021, à la demande expresse du gouvernement mozambicain – coûte au moins dix fois plus que les quelque 20 millions d’euros (environ 23 millions USD) alloués par le Fonds européen pour la paix (European Peace Facility).
 
Ce financement européen arrive à échéance en mai 2026, et aucune prolongation n’est confirmée à ce jour, selon des rapports comme celui publié par Bloomberg.Les attentes de Kigali sont explicites : un financement adéquat, prévisible et à long terme de la part des partenaires internationaux (principalement l’Union européenne, mais potentiellement d’autres donateurs) ; une reconnaissance réelle des résultats obtenus par les troupes rwandaises, notamment la stabilisation de zones stratégiques (autour du mégaprojet gazier de TotalEnergies sur la péninsule d’Afungi), la réduction drastique des attaques jihadistes affiliées à l’État islamique (IS-Mozambique Province ou al-Shabab local), et la reprise progressive des investissements étrangers ; enfin, si l’évaluation militaire conclut que « le travail accompli par les forces de sécurité rwandaises n’est pas apprécié », le commandement des RDF recommandera au gouvernement de mettre fin à l’accord bilatéral antiterroriste et de rapatrier les troupes. Cette menace de retrait intervient dans un contexte régional complexe pour le Rwanda (pressions accrues en RDC avec le M23, sanctions américaines récentes liées à des allégations de soutien aux rebelles), mais elle reste strictement liée au volet financier de la mission au Mozambique. Un départ rwandais risquerait de fragiliser durablement la sécurité dans le nord du pays, où les insurgés persistent malgré les avancées, et de menacer à nouveau le projet gazier de TotalEnergies, relancé en janvier 2026. À ce stade, aucune décision de retrait n’a été prise : il s’agit d’un ultimatum conditionnel destiné à pousser les partenaires internationaux et le gouvernement mozambicain à trouver une solution financière viable avant l’échéance de mai 2026.
 
La situation reste hautement sensible et nécessite un suivi attentif des réactions de Maputo, de l’Union européenne, de la SADC et des autres acteurs impliqués.
 
Nadine Kibau