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En quelques jours seulement, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) est passée d’une position d’observatrice vigilante à celle d’acteur déterminé. Après avoir dénoncé la répression du sit-in de l’opposition du 12 juin et la collusion entre police et Force du progrès, les évêques catholiques ont franchi un cap supplémentaire lors de leur Assemblée plénière extraordinaire du 18 au 20 juin. Leur message final, lu par Mgr Donatien Nshole, constitue un avertissement sans équivoque au président Félix Tshisekedi.
 
Les prélats lui demandent solennellement d’honorer le serment prêté devant Dieu et la Nation de respecter et défendre la Constitution de 2006. Ils mettent en garde contre toute tentative de toucher aux articles verrouillés (notamment l’article 220), perçue comme une manœuvre pour ouvrir la voie à un troisième mandat via référendum. Pour la CENCO, une telle révision représenterait une rupture du Pacte républicain et engagerait « la responsabilité personnelle et historique » du Chef de l’État.
 
Ce qui rend cette prise de position particulièrement dangereuse pour le pouvoir, c’est la menace à peine voilée qui l’accompagne : la CENCO se réserve explicitement le droit d’annoncer, le moment venu, un calendrier d’actions concrètes sur le terrain. En langage ecclésiastique, cela signifie une possible mobilisation des fidèles, des prêtres et des structures catholiques à travers tout le pays – une force que l’Église a déjà démontrée par le passé, notamment en 2016-2018.
 
Pourquoi ce réveil de la CENCO inquiète-t-il le Palais ?L’Église catholique reste l’institution la plus respectée et la mieux implantée en RDC, avec des relais dans les villages les plus reculés, une influence morale immense et une crédibilité que ni l’UDPS ni l’Union Sacrée ne possèdent. En s’alignant clairement contre le projet de changement constitutionnel, la CENCO risque de :
  • Légitimer et amplifier la contestation de l’opposition (Coalition Article 64, Fayulu, etc.) ;
  • Diviser davantage la classe politique et la société civile ;
  • Compliquer les relations avec une partie importante de la population, surtout dans les bastions traditionnels catholiques (Kasaï, Bandundu, Kivu, etc.) ;
  • Attirer l’attention de la communauté internationale, déjà préoccupée par la stabilité du pays à l’approche de 2028.
Le timing est particulièrement délicat pour Tshisekedi. Le Sénat vient d’adopter la proposition de loi sur le référendum, après l’Assemblée nationale. La balle est dans son camp : signer ou non ce texte ? Chaque choix semble risqué. Ignorer la CENCO, c’est s’exposer à une confrontation ouverte avec l’une des rares institutions capables de mobiliser massivement et pacifiquement. Céder, c’est apparaître faible face à sa propre majorité qui pousse ouvertement pour un troisième mandat.
 
Un pari risqué pour le présidentFélix Tshisekedi, qui a longtemps bénéficié d’une certaine bienveillance de l’Église au début de son mandat, voit aujourd’hui son principal allié moral se transformer en sentinelle intransigeante de l’État de droit. En voulant « adapter » la Constitution à ses ambitions, il s’expose à un isolement progressif : répression des manifestations, critiques de l’Église, grogne sociale et insécurité persistante à l’Est.L’histoire congolaise l’a montré à plusieurs reprises : lorsqu’elle décide de s’engager, l’Église catholique pèse lourd. Tshisekedi, en sous-estimant cet « éveil » de la CENCO, joue peut-être son avenir politique et la stabilité du pays sur un coup de dés constitutionnel.
 
La Nation est en péril, ont tranché les évêques. La question est désormais de savoir si le président entendra cet avertissement avant qu’il ne soit trop tard.
 
Nadine Kibau