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Lubumbashi

Dans le Haut-Katanga et plus largement dans l’espace de l’ancien Grand Katanga, le mécontentement à l’égard du pouvoir de Félix Tshisekedi Tshilombo ne cesse de grandir. Richesse minière exceptionnelle d’un côté, sentiment d’exclusion politique et économique de l’autre : le contraste alimente une frustration profonde dans plusieurs couches de la population.
 
Malgré un score de seulement 31,49 % obtenu par Félix Tshisekedi dans le Haut-Katanga lors de la présidentielle de 2023 (contre plus de 66 % pour Moïse Katumbi), le parti présidentiel, l’UDPS, contrôle aujourd’hui les principaux leviers du pouvoir local : mairie de Lubumbashi, présidence de l’Assemblée provinciale et gouvernorat. Pour une partie de l’opinion katangaise, cette situation s’apparente à une « nomination » plutôt qu’à un reflet du vote populaire. Des cadres de l’opposition et des acteurs de la société civile dénoncent une occupation progressive des postes stratégiques, notamment dans les communes qui perçoivent d’importantes redevances minières (Ruashi, Kampemba, Kipushi). Beaucoup y voient une volonté de contrôler les richesses du cuivre et du cobalt, véritables coffre-fort de la République.
 
La frustration prend aussi une dimension identitaire. De nombreux Katangais estiment que des cadres originaires du Kasaï occupent une place disproportionnée dans les institutions et l’économie locale. Ce discours, qui ressurgit périodiquement, ravive de vieux traumatismes liés aux violences des années 1960 et 1990.
 
À l’inverse, des responsables de l’UDPS rejettent ces accusations et rappellent que le gouverneur et d’autres autorités sont eux-mêmes katangais. Ils dénoncent une stigmatisation des Kasaïens installés depuis longtemps dans la province. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a, de son côté, mis en garde contre le risque de dérives ethniques dans un climat politique déjà très tendu.
 
Sur le terrain, la population se plaint également de la militarisation croissante : barrages routiers, contrôles fréquents et cas d’extorsion signalés. Des organisations katangaises dénoncent par ailleurs des enlèvements ou arrestations ciblant des figures de l’opposition et de la société civile, alimentant un sentiment d’étouffement.
 
Malgré les énormes revenus miniers, beaucoup d’habitants estiment ne pas voir de retombées concrètes : routes dégradées, manque d’emplois pour les jeunes, infrastructures sociales insuffisantes. « On est fatigués de ce pillage constant de nos richesses… Notre richesse, c’est le sous-sol, il ne se régénère pas. Ce pouvoir va juste nous laisser des trous dans le sol », confie un acteur de la société civile de Lubumbashi.
 
La récente visite de Félix Tshisekedi dans le Haut-Katanga, début août 2026, a illustré ces tensions. Arrivée retardée, accueil mitigé, départ anticipé : le déplacement a été perçu par de nombreux observateurs comme un échec, loin de la démonstration de force espérée. L’envoi préalable de Raphaël Katebe Katoto, frère aîné de Moïse Katumbi, pour préparer le terrain a lui-même divisé et irrité plusieurs communautés locales.
 
Nous sommes assis sur un volcan », préviennent certains cadres politiques locaux. Entre domination politique contestée, frustrations économiques, tensions communautaires et militarisation, le climat dans le Haut-Katanga reste particulièrement instable.
 
Alors que le débat national sur un éventuel dialogue intercongolais et sur la Constitution s’intensifie, la capacité du régime de Kinshasa à apaiser cette province stratégique – à la fois coffre-fort minier et bastion historique de l’opposition – apparaît comme un enjeu majeur pour la stabilité du pays.
 
Pascal Kwilu