Imprimer

Il arrive des moments dans l’histoire d’une Nation où ce ne sont plus quelques voix isolées qui s’expriment, mais des voix nombreuses qui s’élèvent de toutes parts.
 
Des voix différentes, parfois opposées : du pouvoir, de l’opposition, des confessions religieuses, de la société civile, de la jeunesse, des femmes, de nos provinces et de notre diaspora.
 
Et derrière nos différences, une même aspiration semble se faire entendre, comme un appel à notre conscience collective :
 
CONGOLAIS, NOUS N’AVONS QU’UNE SEULE NATION !
NOUS SOMMES UN SEUL PEUPLE !
NOUS SOMMES CONGOLAIS !
 
RETROUVONS-NOUS AUTOUR DE NOTRE NATION. ÉCOUTONS-NOUS, PARLONS-NOUS ET CHERCHONS ENSEMBLE LE CHEMIN POUR BÂTIR NOTRE CONGO DE DEMAIN !
 
Non pas pour consacrer la victoire d’un camp sur un autre.
Non pas pour distribuer des fonctions.
Non pas pour contourner nos institutions.
 
Mais pour rechercher ensemble LA VICTOIRE DU CONGO : celle de la paix, de la cohésion nationale, de l’unité retrouvée et d’un avenir commun.
 
Notre histoire nous rappelle qu’aux heures difficiles, les Congolais ont déjà su s’asseoir autour d’une même table.
 
Notre CONGO a accédé à l’indépendance en 1960 au terme d’un chemin marqué par les luttes, le courage et les sacrifices de celles et ceux qui nous ont précédés. Ils venaient d’horizons différents, mais portaient une même aspiration : voir le peuple congolais prendre en main son destin.
 
Nous avons ensuite connu la Conférence nationale souveraine, portée par les aspirations de tout un peuple et marquée dans notre mémoire collective par le sacrifice des martyrs du 16 février 1992. Sous la présidence de Mgr Laurent Monsengwo, malgré ses limites et les réalités de son époque, elle porta une aspiration profonde : permettre au Congo de se parler à lui-même.
 
Après des années de guerre, le Dialogue intercongolais et l’Accord global et inclusif réunirent autour d’une même table gouvernement, opposition politique, société civile et mouvements belligérants, conduisant à la transition dite « 1+4 ».
 
Là encore, une conviction finit par s’imposer : aucune victoire d’un camp ne pouvait valoir la paix retrouvée. Il fallait rechercher une victoire plus grande : LA VICTOIRE DU CONGO.
 
Ces pages de notre histoire avaient leurs acquis et leurs limites, mais elles nous laissent une leçon essentielle :
 
Lorsque la maison commune traverse une épreuve, ses enfants doivent pouvoir se parler.
 
Et aujourd’hui, notre maison souffre.
 
Pour beaucoup de familles, la vie quotidienne devient difficile. Des parents peinent à nourrir, soigner et éduquer leurs enfants. Une partie de notre jeunesse cherche encore sa place, son travail et son avenir.
 
Dans l’Est, depuis trop longtemps, des familles enterrent leurs proches, des populations quittent leurs terres et des enfants grandissent avec les conséquences de la guerre.
 
Combien de familles devront encore pleurer ?
Combien de Congolais devront encore quitter leurs terres ?
Combien de générations allons-nous laisser hériter de nos blessures ?
 
Je ne pose pas ces questions pour désigner un coupable.
 
Je les pose à notre conscience nationale.
 
C’est pourquoi je crois qu’un véritable dialogue, sincère, inclusif et orienté vers l’intérêt supérieur de la Nation, ne doit pas nous faire peur.
 
Dialoguer ne signifie pas capituler, ni renoncer à notre Constitution, à la justice, à notre souveraineté ou à l’intégrité territoriale de la République.
 
Dialoguer, c’est reconnaître que le Congo est suffisamment grand pour que nous, ses enfants, puissions nous parler malgré nos divergences.
 
Et si dialogue il doit y avoir, alors il doit être réellement inclusif : pouvoir, opposition politique, société civile, confessions religieuses, femmes, jeunesse, forces vives de nos provinces, intellectuels, autorités traditionnelles et diaspora.
 
Même nos compatriotes congolais engagés dans des groupes ou mouvements armés doivent pouvoir trouver, dans un cadre respectueux de la souveraineté de l’État, de la justice et de l’intérêt national, un chemin permettant de remplacer la logique des armes par celle de la parole.
 
Car aucune divergence entre Congolais ne devrait être éternellement condamnée à se régler par le sang.
 
Il doit arriver un jour où la parole devient plus forte que le fusil.
 
À ceux d’entre nous qui gouvernent : écoutons.
À ceux d’entre nous qui s’opposent : proposons.
À ceux d’entre nous qui portent les armes : considérons le chemin de la paix.
À nos responsables religieux : rapprochons les cœurs.
 
Et à toutes les forces vives de notre Nation : prenons notre part dans la recherche d’un avenir commun.
 
Un dialogue national ne devrait jamais devenir simplement une table de partage du pouvoir.
 
Il devrait être le rendez-vous du Congo avec lui-même : pour parler de paix, de sécurité, de justice, de la souffrance sociale de notre peuple, de notre souveraineté et de notre intégrité territoriale.
 
Et surtout, pour répondre ensemble à cette question :
 
Quel Congo voulons-nous transmettre à nos enfants ?
 
Les dirigeants passent.
Les gouvernements se succèdent.
Les majorités et les oppositions alternent.
 
Mais l’État demeure.
 
C’était le cœur de mon précédent appel : « Le Congo nous survivra. »
 
Le Congo était là avant nous.
Il est entre nos mains aujourd’hui.
Et lorsque notre génération aura quitté la scène, le Congo devra encore être debout.
 
Voilà pourquoi nous devons apprendre à nous parler autrement : non pour savoir qui doit vaincre l’autre, mais pour préserver ensemble notre unité, notre souveraineté, notre dignité, notre territoire et l’espérance de nos enfants.
 
Je rêve d’une table où personne ne viendra uniquement défendre son fauteuil, son parti, son groupe ou ses intérêts, mais où chacun assumera sa part de responsabilité envers la Nation.
 
Car un jour, l’Histoire nous posera à tous la même question :
 
« Qu’avez-vous fait du Congo qui vous avait été confié ? »
 
Aujourd’hui, des voix différentes s’élèvent du Congo. Elles n’ont pas toutes la même histoire ni les mêmes intérêts.
 
Mais nous pouvons encore nous retrouver autour d’une même patrie.
 
Congolais, écoutons-nous.
Congolais, parlons-nous.
Congolais, choisissons la parole plutôt que la violence.
 
Que la vérité trouve sa place.
Que la justice accomplisse son œuvre.
Que nos blessures soient guéries et que ce qui doit être réparé le soit.
 
Mais par-dessus tout, préservons ensemble ce qui nous survivra : LE CONGO.
 
Car aucune victoire politique, militaire ou personnelle ne sera une véritable victoire si, à la fin, le peuple congolais demeure le grand perdant.
 
La seule victoire qui mérite de nous rassembler est celle dans laquelle notre peuple retrouve la paix, la sécurité, la dignité, l’unité et l’espérance.
 
Cette victoire doit avoir un seul nom :
LA VICTOIRE DU CONGO.
 
Que Dieu bénisse la République démocratique du Congo, qu’Il console ceux qui pleurent et qu’Il nous donne à tous la sagesse de placer la Nation au-dessus de nos intérêts particuliers.
 
Tamadinda Kukubor Komy Paul Michel « Israël »