
Je vais d’abord vérifier les faits récents sur l’opposition congolaise, les propos de Tshisekedi et l’extension des tensions hors de Kinshasa, afin d’écrire un article factuel et équilibré.De l’opposition jugée faible à une contestation qui gagne le pays.
Après la présidentielle de 2023, largement remportée par Félix Tshisekedi, l’opposition congolaise paraissait éclatée et diminuée. Le pouvoir a longtemps pu traiter cette faiblesse comme un fait politique. En 2026, ce diagnostic ne tient plus aussi facilement. Ce qui a d’abord pris forme à Kinshasa s’étend désormais à d’autres villes. Si le bras de fer constitutionnel n’est pas géré avec prudence, la tension politique peut déborder bien au-delà de la capitale.
Le point de bascule n’est pas seulement électoral. Il est institutionnel. La Constitution limite le président à deux mandats. Or le débat sur une réforme constitutionnelle et une loi référendaire a réveillé la crainte d’un troisième mandat. Face à cette perspective, des figures longtemps rivales se sont regroupées au sein de la coalition C64. Fayulu, Katumbi, Sesanga et d’autres ont trouvé un mot d’ordre commun : bloquer toute modification ouvrant la voie à un maintien au pouvoir au-delà de 2028. Cette unité, même imparfaite, change la nature de l’opposition. Elle n’est plus seulement une mosaïque de partis. Elle devient un front.
Kinshasa a servi de laboratoire. Les marches de juin, puis celle du 15 septembre 2026, ont montré que la contestation savait encore occuper la rue. La manifestation de septembre, autorisée dans la capitale, a pourtant dégénéré. Des heurts ont opposé militants de l’opposition et partisans du pouvoir. La police a utilisé des gaz lacrymogènes. L’opposition parle de piège et d’arrestations arbitraires. Le pouvoir, de son côté, présente le maintien de l’ordre comme une nécessité. Quoi qu’il en soit, le signal politique est clair : le conflit n’est plus confiné aux communiqués. Il se joue dans la rue.
Le plus important n’est pas seulement Kinshasa. C’est la géographie de la contestation. Le 15 septembre, des rassemblements ont aussi eu lieu à Lubumbashi, à Uvira et à Mbandaka. À Lubumbashi, malgré l’interdiction locale, des militants se sont réunis avant d’être dispersés. Ailleurs, des arrestations ont été signalées. La contestation n’est plus un phénomène kinois. Elle circule vers les provinces minières, vers l’Est déjà meurtri par la guerre, vers le Nord-Ouest. Quand une crise politique part de la capitale et trouve des relais dans le pays profond, elle change d’échelle.
Il faut toutefois garder la mesure. Les cortèges n’ont pas toujours été massifs. Plusieurs observateurs ont parlé de quelques milliers de personnes à l’échelle nationale. L’opposition reste divisée sur la tactique, notamment face au dialogue national proposé par le chef de l’État. Une opposition plus unie n’est pas encore une opposition majoritaire. Mais une opposition plus coordonnée, plus mobile et plus déterminée n’est plus une opposition négligeable.
Le contexte rend le risque plus grave. Le pays est déjà miné par la guerre à l’Est, les déplacements de population et la méfiance envers les institutions. Dans un tel climat, une crise de légitimité à Kinshasa ne reste jamais seulement kinoise. Elle peut se greffer sur d’autres colères : sociales, sécuritaires, régionales. C’est précisément ce que signifie « le pays qui s’enflamme » : non pas un slogan, mais le basculement d’une contestation politique vers une instabilité plus large.
Le pouvoir a une responsabilité particulière. Traiter encore l’opposition comme un adversaire faible, tout en poussant un chantier constitutionnel hautement inflammable, serait une erreur de lecture. L’opposition, de son côté, a aussi la sienne : transformer chaque désaccord en épreuve de force dans la rue peut accélérer la polarisation. Entre le déni et l’embrasement, il reste une voie étroite : clarifier le débat constitutionnel, garantir le droit de manifester, et éviter que Kinshasa n’exporte sa fièvre au reste du pays.Car la leçon de ces derniers mois est simple. Une opposition que l’on croyait affaiblie a retrouvé un levier. La contestation a quitté le seul boulevard de la capitale. Si personne n’ouvre une issue politique crédible, ce n’est plus seulement un camp qui se durcit. C’est le pays tout entier qui risque de payer le prix de l’impasse.
Nakine Kibau