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Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale et leader de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), est intervenu pour critiquer la décision de l’ancien président Joseph Kabila de prendre la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), nouveau mouvement politico-militaire qui succède à l’AFC/M23.
 
Le contexte : Kabila à la tête du FRN
Le 12 octobre 2026, à Goma (Nord-Kivu), ville sous contrôle du M23 depuis janvier 2025, Joseph Kabila a été désigné président du FRN. Ce mouvement politico-militaire absorbe et remplace l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23. Parmi les vice-présidents figurent Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga (ce dernier conservant également le commandement militaire).
 
Le FRN affirme vouloir « mettre un terme à la tyrannie par tous les moyens, y compris la force », en invoquant notamment l’article 64 de la Constitution. Cette annonce confirme les accusations de Kinshasa selon lesquelles Kabila était lié à la rébellion, accusations pour lesquelles il a été condamné à mort par contumace en 2025 pour trahison et crimes de guerre. Kabila avait auparavant nié tout lien direct.
 
L’intervention de Kamerhe
Dès le 13 octobre, Kamerhe a annoncé sur X qu’il s’adresserait à la nation dans les heures suivantes, avec un accent particulier sur la création du FRN par « le Président Honoraire Joseph Kabila ». Il a également précisé qu’il serait l’invité du journaliste Stany Bujakera le 14 octobre.
 
Dans sa déclaration diffusée le 14 octobre, Kamerhe a critiqué frontalement cette initiative. Selon les extraits rapportés, il a déclaré qu’« on ne peut pas proposer la paix à notre peuple tout en recourant aux armes » et a souligné la contradiction entre des discours appelant à la paix et des actes de rébellion. Il a également rappelé qu’« on n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur ».
 
Kamerhe a réaffirmé son soutien au président Félix Tshisekedi, qu’il qualifie d’« allié et partenaire politique », et a appelé les Congolais à préserver l’unité nationale, la souveraineté du pays et l’intégrité de son territoire. Il a insisté sur la priorité à donner à la sécurité des populations de l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri), au-delà des calculs politiques.
 
Enjeux et lecture politique
Cette prise de position intervient alors que Kamerhe, ancien allié de Kabila devenu proche de Tshisekedi, se trouve dans une position délicate. Des analyses antérieures (notamment en 2025) avaient déjà évoqué des soupçons de rapprochement avec Kabila dans un contexte de dialogue national, ce qui l’avait fragilisé politiquement à Kinshasa.
 
En critiquant ouvertement le FRN et en se rangeant derrière Tshisekedi, Kamerhe cherche à clarifier sa position et à éviter d’être associé à la rébellion. Sa réaction s’inscrit dans un climat de polarisation accrue : la création du FRN renforce le face-à-face entre Kinshasa et une opposition armée désormais dirigée par un ancien chef de l’État, tout en compliquant les processus de médiation (Doha, Washington, etc.).
 
L’intervention de Kamerhe souligne une ligne de fracture au sein de la classe politique congolaise : entre ceux qui voient dans le FRN une escalade dangereuse et ceux qui, dans l’entourage de Kabila, se désolidarisent ou, au contraire, y voient une alternative au pouvoir actuel.
La suite des réactions de la majorité présidentielle et des médiateurs internationaux sera déterminante pour évaluer l’impact de cette nouvelle configuration sur la situation sécuritaire à l’Est et sur la stabilité politique à Kinshasa.
 
Nadine Kibau