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Le Stade des Martyrs passe en catégorie 3
 
Kinshasa a récupéré son stade. Pas tout à fait comme avant, mais assez pour que les Léopards rejouent à la maison. La CAF vient de classer le Stade des Martyrs en catégorie 3. Après la suspension, les travaux et les inspections, l’enceinte de Lingwala sort enfin de la zone grise. Elle n’est plus interdite. Elle n’est pas encore pleinement rendue au public.C’est toute la nuance de cette décision.
 
Un géant qui ne vivait plus à la hauteur de son nom
 
Le Stade des Martyrs n’a jamais manqué de symboles. Ancien Kamanyola, inauguré en 1994, rebaptisé en mémoire des ministres pendus à la Pentecôte 1966, il reste le plus grand stade du Congo et l’un des plus imposants d’Afrique. Quatre-vingt mille places. Les derbies de la capitale. Les soirs de sélection. Les meetings, les concerts, la foule qui déborde parfois le chiffre officiel.
Mais un stade ne se juge plus à sa légende. Il se juge à sa pelouse, à ses vestiaires, à ses sanitaires, à son poste médical, à sa sécurité. Sur ces points, le Martyrs a trop longtemps vécu à crédit. En janvier, la CAF a retiré son agrément. Surface contestée, installations défaillantes, garanties insuffisantes. Le temple national se retrouvait trop grand pour ses propres standards.
 
Depuis février, le gouvernement a rouvert le chantier : nouvelle pelouse, zones médias, vestiaires, second écran, sièges remplacés après les dégradations d’un match contre le Sénégal. L’objectif n’était pas de faire joli. Il était de faire homologuer.
 
Ce que veut dire « catégorie 3 »
La catégorie 3 n’est pas un titre d’honneur. C’est une autorisation encadrée. Elle permet d’organiser des matchs officiels. Elle ne transforme pas automatiquement le stade en fortin ouvert à toute la ville. La liste actualisée de la CAF place désormais la RDC parmi les pays qui ont trois stades agréés : deux à Lubumbashi, un à Kinshasa. Le Martyrs y figure, avec sa pelouse artificielle.
 
Le calendrier, lui, ne laisse aucun répit. Le 24 septembre, la RDC reçoit la Guinée équatoriale pour le premier rendez-vous des éliminatoires de la CAN 2027. Jouer à Kinshasa, c’est déjà une victoire après les menaces de délocalisation. Jouer devant le public, c’est une autre affaire. Le huis clos a été évoqué. Le sélectionneur a demandé le retour des supporters. Entre l’homologation technique et la fête populaire, il reste un écart.C’est là que le classement révèle son vrai visage. Le stade peut accueillir le match. Il n’a pas encore recouvré son bruit.
 
Une étape, pas une arrivée
Il faut donc parler juste. Le passage en catégorie 3 sauve l’essentiel : les Léopards restent à domicile. Le pays n’a plus à expliquer pourquoi son stade national est inutilisable. Les travaux n’ont pas été vains.Mais présenter cette homologation comme un aboutissement serait mentir. Un stade de 80 000 places classé troisième catégorie, encore partiellement bridé, reste en dessous de ce qu’il devrait être. La catégorie supérieure se gagne ailleurs : dans la finition, la sécurité réelle, le confort du spectateur, la qualité durable de l’aire de jeu, pas seulement dans un communiqué.Le Stade des Martyrs a repris sa place sur la carte africaine. Il n’a pas encore repris toute la sienne dans le cœur de Kinshasa. Pour cela, il ne suffira plus d’être autorisé à jouer. Il faudra redevenir le lieu où la ville entière a le droit d’entrer.
 
Alain Lusanga