Dimanche  11 octobre 2026 19:27
Connexion

Connexion à votre compte

Identifiant
Mot de passe
Maintenir la connexion active sur ce site

AFRIQUE

L'actualité de la semaine en Afrique

Forces à l’aéroport de Mekelle (signe « MEKELLE » visible) après les événements de fin septembre / début octobre.
Moins de quatre ans après l’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria en novembre 2022, qui avait mis fin à l’une des guerres les plus meurtrières du XXIe siècle (estimée à environ 600 000 morts), le nord de l’Éthiopie est de nouveau le théâtre de combats d’ampleur. Depuis le 23 septembre 2026, les forces fédérales du Premier ministre Abiy Ahmed et celles liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se sont affrontées dans le Tigré et au-delà, dans les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar. L’offensive initiale du TPLF et de ses alliés a rapidement cédé le pas à une contre-offensive fédérale qui a repris Mekele, la capitale régionale, et plusieurs autres villes. Mais la paix n’est pas revenue : le conflit s’internationalise dangereusement avec l’implication présumée de l’Érythrée, et l’accord de Pretoria n’est plus qu’une coquille vide.
 
De Pretoria à la rupture
 
La guerre de 2020-2022 opposait le gouvernement fédéral (soutenu alors par l’Érythrée et des milices amhara) au TPLF, qui avait dominé la politique éthiopienne pendant près de trois décennies. L’accord de Pretoria, négocié sous l’égide de l’Union africaine, prévoyait un cessez-le-feu, le désarmement, le retour des déplacés et une administration intérimaire. Sur le terrain, son application est restée partielle. Des contentieux territoriaux (notamment dans l’ouest du Tigré), des désaccords sur le statut politique du TPLF, des frictions autour du désarmement et des scissions internes au mouvement tigréen ont miné le processus.
 
Dès 2024-2025, des tensions croissantes sont apparues. Une aile dure du TPLF a repris le contrôle de Mekele, écartant une administration intérimaire jugée trop accommodante. Des escarmouches et des frappes de drones ont été signalées, notamment en août 2026. Le 20 septembre 2026, le TPLF a formalisé une alliance avec six autres groupes armés (dont des factions oromo et amhara Fano) sous le nom d’Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie, avec pour objectif déclaré de renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed.
 
L’offensive du 23 septembre et la riposte fédérale
 
Le 23 septembre, les forces tigréennes ont pris le contrôle des aéroports de Mekele, Axoum et Shire, provoquant la suspension immédiate des vols d’Ethiopian Airlines. Elles ont déclaré être entrées dans une « guerre défensive » face à ce qu’elles présentaient comme une invasion fédérale (drones, artillerie). Le gouvernement, de son côté, a accusé le TPLF d’avoir lancé une offensive totale, coordonnée avec ses alliés, vers l’Afar et l’Amhara. Des combats ont éclaté sur plusieurs fronts, avec des pertes civiles importantes — au moins 52 morts autour d’Alamata selon des sources médicales citées par la BBC.
 
La réponse fédérale a été rapide. Soutenue par la Tigray Peace Force (une milice tigréenne ralliée à Addis-Abeba), l’armée a repris Alamata (verrou stratégique au sud) fin septembre, puis est entrée à Mekele le 3-4 octobre après le retrait du TPLF. Ce dernier a qualifié son départ de « temporaire » pour épargner la ville, tout en promettant de poursuivre le combat depuis d’autres positions. Des villes comme Shire et Adigrat ont également changé de mains. Ethiopian Airlines a annoncé la reprise des vols vers Mekele à compter du 11 octobre, signe d’une certaine maîtrise fédérale de la capitale, même si les liaisons vers Axoum et Shire restent suspendues et que des combats persistent ailleurs.
 
L’ombre de l’Érythrée et le risque régional
 
Ce qui distingue cette escalade de simples affrontements internes est la dimension régionale. L’Éthiopie accuse l’Érythrée d’avoir fait pénétrer des troupes jusqu’à 60 km à l’intérieur du Tigré et de soutenir les rebelles. Des frappes de drones éthiopiennes ont ciblé des positions présumées érythréennes près d’Adigrat. L’Érythrée a nié, accusé Addis-Abeba d’agression et saisi le Conseil de sécurité de l’ONU. Les relations diplomatiques se sont dégradées rapidement (fermeture d’ambassades, expulsions). L’Éthiopie soupçonne également des soutiens soudanais ou égyptiens, dans un contexte de rivalités sur l’accès à la mer Rouge et au Nil.
 
L’International Crisis Group a averti dès fin septembre que l’Éthiopie « glissait vers une guerre renouvelée ». L’Afar, corridor vital pour les importations éthiopiennes via Djibouti, est un enjeu stratégique. Un élargissement impliquant l’Érythrée (ancienne alliée d’Abiy pendant la guerre de 2020-2022, désormais adversaire) ou le Soudan en guerre civile pourrait déstabiliser toute la Corne de l’Afrique.
 
Conséquences humanitaires et politiques
 
Le Tigré, déjà marqué par des déplacements massifs, la sécheresse et des infrastructures fragiles, subit de nouvelles coupures de communications, des interruptions de services et des risques pour les civils. Des rapports font état de pillages après les retraits et de besoins humanitaires urgents. Politiquement, le gouvernement fédéral envisage une nouvelle administration intérimaire et des élections régionales dans les mois à venir, tandis que le TPLF, affaibli militairement mais non éliminé, conserve des forces et un soutien dans certaines zones.Les deux camps se rejettent la responsabilité du déclenchement. L’Union africaine, l’UE, les États-Unis et le pape Léon XIV ont appelé au dialogue et à la retenue. Pour l’heure, aucun processus de négociation crédible n’a repris.
 
Perspectives
 
La reprise des vols vers Mekele et le contrôle fédéral de plusieurs villes clés marquent un revers pour le TPLF, mais ne signifient pas la fin du conflit. Les forces tigréennes se sont retirées pour éviter des destructions urbaines, comme en 2020-2022, et ont promis une contre-offensive. Les contentieux non résolus de Pretoria (territoires, pouvoir politique, désarmement) restent entiers. Avec l’implication érythréenne potentielle, le risque d’une guerre plus large est réel.
 
L’Éthiopie, enclavée et traversée par de multiples tensions (Amhara, Oromia, etc.), entre dans une phase d’incertitude majeure. La communauté internationale observe avec inquiétude une région déjà fragilisée par les conflits au Soudan et les rivalités géopolitiques. Pour les populations du Tigré, déjà éprouvées, chaque jour de combats supplémentaires est un fardeau de plus. La question n’est plus de savoir si la paix de 2022 a tenu, mais si un nouvel équilibre, militaire ou politique, pourra émerger avant que le conflit ne s’enracine durablement.
 
Pascal Kwilu

 

Application de CComment' target='_blank'>CComment

Info en Direct

À la une

les plus lus

Un "pasteur "sud-africain fait manger des serpents vivants à ses fidèles

Un "pasteur "sud-africain fait manger des serpents vivants à ses fidèles

Angola: raid contre la secte de Kalupeteka

Angola: raid contre la secte de Kalupeteka

Burundi : remous à Bujumbura

Burundi : remous à Bujumbura

PUBLICITÉ

  • RDC annonces
    RDC annonces
  • RDC emploi
    RDC emploi
  • RDC immo
    RDC immo

La revue de presse

18 February 2026
La revue de la presse en RDC du 18 février 2026

Les crimes oubliés en RDC

SUIVEZ-NOUS

Facebook
Twitter
Google plus
Youtube

RDCN sous tous les formats

Iphone,Ipad et Android

Copyright ©2014-2026 RDC Nouvelles | Membre du réseau RDC Médiacom | Site conçu et hébergé par RDC Netcom