
Alors que Sorrentino finit de tourner un film sur lui, l'insubmersible Cavaliere, pourtant inéligible, retrouve un rôle central dans la politique italienne.
Silvio Berlusconi est de retour. Tout d'abord sur les écrans. Paolo Sorrentino, Oscar du meilleur film étranger en 2014 pour La Grande Bellezza et réalisateur de The Young Pope, est en train de terminer les dernières scènes du 12e long-métrage inspiré par l'homme qui est, dans le bien ou dans le mal selon les points de vue, depuis 23 ans le symbole de la politique transalpine. Silvio Berlusconi y est interprété par Toni Servillo, l'acteur qui fût un formidable Giulio Andreotti dans Il divoet Jep Gambardella, le héros désabusé de La Grande Bellezza.
Autant de talents mis au service de sa personne avaient, dans un premier temps, séduit l'ex-Cavaliere. Paolo Sorrentino fût invité à le rencontrer dans son palais romain et Silvio Berlusconi lui avait offert d'ouvrir, si nécessaire, les portes de ses multiples résidences pour tourner certaines scènes.
Les premières indiscrétions sur le film ont toutefois gelé cet enthousiasme. Il y serait en effet question de dîners galants, de starlettes désinhibées, de bunga bunga et de l'origine douteuse de la fortune du héros. Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé sera, évidemment, fortuite. Mais tout de même… « J'ai entendu d'étranges rumeurs sur le film de Sorrentino, a déclaré Silvio Berlusconi. J'espère qu'il ne s'agit pas d'une agression politique. »
Inéligible
Car le second retour de Silvio Berlusconi se fera sur la scène politique. Alors que les élections se tiendront au printemps prochain, les sondages ont identifié deux scénarios possibles. Soit une victoire de la droite soit une absence de majorité, qui ménera à la formation d'une grande coalition entre le Parti démocrate et Forza Italia. Dans les deux cas, Silvio Berlusconi revient au centre du jeu.
Mais dans quel rôle ? L'ancien président du Conseil est en effet inéligible et interdit d'exercer une fonction publique à la suite de sa condamnation définitive pour fraude fiscale. Ses avocats ont présenté un recours à cette condamnation devant la Cour européenne des droits de l'homme qui prononcera sa sentence le 22 novembre. Toutefois, même en cas de sentence positive de la cour de Strasbourg, Silvio Berlusconi devrait être réhabilité par le Sénat italien pour retrouver ses droits civiques. Peu probable, pour des raisons techniques, que cela soit possible avant les prochaines élections.
Faiseur de rois
Silvio Berlusconi devra donc se limiter, à 81 ans, au rôle de faiseur de rois en désignant le nouveau président du Conseil. Mais c'est lui qui continuera de tirer les ficelles. Car aucun autre leader n'a su s'imposer dans son camp. Lui seul est capable d'unir la Ligue du Nord, parti d'inspiration frontiste, aux formations de centre droit. Son empire audiovisuel est une formidable machine de guerre et son engagement personnel dans une campagne électorale rapporte entre 5 et 10 points supplémentaires pour la droite.
Ce n'est pas un film, même critique, qui y changera quelque chose. Les scandales glissent sur Silvio Berlusconi et galvanisent ses électeurs. Apparaître sous les traits de Toni Servillo ne fera que flatter son narcissisme et renforcer son poids politique.
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