
Le 30 janvier 2026, les motifs et tissus Kuba, originaires de la région du Kasaï (centre de la République démocratique du Congo), ont été officiellement inscrits au patrimoine culturel national par arrêté ministériel signé par la ministre de la Culture, Yolande Elebe Ma Ndembo. Cette décision, actée lors d’une session du Conseil des ministres, marque une étape majeure dans la protection et la valorisation de cet héritage ancestral.Les tissus Kuba (connus sous les noms de « ntshak », « mapel », « velours du Kasaï » ou « raffia cut-pile ») sont fabriqués à partir de fibres de raphia (palmier), tissées par les hommes sur un métier incliné, puis décorées par les femmes avec des broderies géométriques complexes, des applications, des découpes et des velours en relief. Ces motifs codés, souvent abstraits et symétriques, constituent un véritable langage visuel : ils portent des récits, des symboles sociaux, des proverbes, des statuts hiérarchiques et des significations spirituelles transmises de génération en génération au sein du peuple Kuba (et particulièrement des sous-groupes comme les Shoowa).
Plus qu’un simple textile, cet art incarne l’identité culturelle, le savoir-faire artisanal, la créativité et la structure socio-politique du royaume Kuba historique (florissant du XVIIe au XXe siècle). Utilisés pour des tenues cérémonielles, des danses rituelles, des hommages royaux ou des échanges économiques, ils symbolisent prestige, pouvoir et richesse dans une société stratifiée.Selon la ministre Yolande Elebe, qui a posé en tissu Kuba lors de l’annonce, cet arrêté garantit une protection juridique contre l’appropriation illicite, l’exploitation commerciale non autorisée et les contrefaçons. Il affirme explicitement l’origine congolaise de ces motifs et tissus, souvent admirés mondialement (dans des musées comme le Brooklyn Museum, le Smithsonian ou des collections privées) mais parfois revendiqués ou copiés sans crédit à la RDC.
Cette reconnaissance nationale est vue comme une étape préalable à un éventuel classement UNESCO (patrimoine culturel immatériel ou matériel), pour renforcer la visibilité internationale et soutenir les artisans du Kasaï.
Des voix dans la société civile et le tourisme culturel saluent cette initiative comme un acte de souveraineté culturelle, dans un pays riche en patrimoines mais souvent confronté à leur pillage ou à leur oubli.
Alain Lusanga








Application de CComment' target='_blank'>CComment