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EUROPE

L'actualité de la semaine en Europe

 Le référendum anglais sur la sortie de l'Union européenne est lancé depuis 7 heures ce matin (8 heures en France). Les derniers sondages donnent des résultats contradictoires...

[Mis à jour le 23 juin 2016 à 12h40] DÉBUT DU DIRECT - Brexit or Bremain" ? Quitter l'Union européenne ou y rester ? Telle est la question pour le Royaume-Uni qui doit décider de son destin, par référendum, ce jeudi 23 juin. Depuis 7 heures locales ce matin (8 heures en France), 46,5 millions d'électeurs britanniques sont invités aux urnes pour ce scrutin clé, déterminant pour la Grande-Bretagne, mais aussi pour l'avenir de l'Union européenne. Nous commençons notre direct pour suivre la fin cette journée de vote et les premiers résultats qui devraient tomber tard ce soir, voire dans la nuit.

L'acronyme "Brexit", contraction de "British exit", effraie tous les dirigeants des 28 (et jusqu'à Barack Obama) depuis des mois. Depuis que la campagne officielle sur la sortie ou non de l'UE a commencé outre-Manche, à la mi avril, une quasi-unanimité parmi les chefs d'Etat et de gouvernement s'est en effet forgée pour plaider le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE. Le Premier ministre David Cameron lui-même, pourtant à l'origine de cette consultation, a fait campagne pour le "non" au Brexit. Mais ce sont bien les eurosceptiques, dans son propre camp, chez les conservateurs, comme chez les souverainistes britanniques, qui vont faire ce vote, dans un pays où l'UE n'a jamais vraiment fait rêver...

Sondages sur le Brexit
Les derniers sondages sur le Brexit, laissent toujours les observateurs dans l'incertitude. Deux enquêtes diffusées à la veille du référendum, qui ce tient depuis ce jeudi matin au Royaume-Uni, donnent la sortie de l'UE gagnante ce soir. Un sondage TNS dévoilé ce 22 juin donne en effet les pro-européens perdants étaient, crédités de 41 % des suffrages contre 43 % pour les "oui" à la sortie de l'UE. Un sondage mené par Opinium sur Internet crédite quant à lui le camp du Brexit de 45 % des voix et le camp du Bremain de 44 %, lors de la proclamation des résultats du référendum anglais. 

Mais deux autres enquêtes donnent une longueur d'avance au maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Un sondage mené en ligne par l'institut YouGov donne le camp du "remain" (rester dans l'UE) à 51 % contre 49 % pour le camp du "leave" (quitter l'UE). Enfin, un autre sondage, publié également ce mercredi, dans les dernières heures de la campagne, donnait le "non" au Brexit à 48 % contre 42 % seulement d'intentions de vote pour les partisans du retrait de l'Union européenne. Le sondage a été mené par ComRes par téléphone. Il est donc particulièrement difficile, voire impossible, de savoir à ce stade ce que vont décider les électeurs britanniques.

L'AFP propose une infographie permettant de voir les résultats du référendum tomber en direct. L'infographie ci-dessous compile également tous les sondages réalisés ces derniers mois sur le Brexit. En bleu, les intentions de vote pour un maintien dans l'UE, en rouge, pour une sortie de l'UE. Survolez l'image ci-dessous pour avoir le détail. 

 

NB - Le quotidien The Telegraph prend lui aussi depuis des mois le pouls de la population sur cette question, en compilant les moyennes des derniers sondages parus. A découvrir sur le site du Telegraph (en anglais).

Résultat du Brexit
A mesure qu'approche la date du référendum, une question est remontée petit à petit tout en haut des préoccupations : quand le verdict va-t-il tomber ? Autrement dit quand et comment seront communiqués les résultats du référendum sur le Brexit ? Ceux-ci ne seront pas connus le 23 juin 2016, jour du référendum, selon plusieurs spécialistes. Les instituts de sondages, qui ont montré certaines lacunes ces dernières années au Royaume-Uni, n'ont pas annoncé de "sondage sortie des urnes" ou d'estimations à la fin du référendum. Pour éviter la diffusion de chiffres sujets à caution, le résultat ne ne devrait donc pas être connu avant la fin complète des opérations de dépouillement qui suivront la fermeture des 382 bureaux de vote, à 22h GMT. Le décompte des bulletins sera ensuite supervisé par 12 centres régionaux. Il faudra donc sans doute attendre le 24 juin, soit le lendemain du scrutin ou bien veiller tard dans la nuit. La BBC évoque la publication de premiers résultats fiables vers 4 heures du matin outre-Manche (5 heures en France).

Les résultats des élections et des référendums outre-Manche suivent une publication assez différente des résultats de scrutins français, supervisés par le ministère de l'Intérieur. Au Royaume-Uni, ces résultats sont souvent rapportés dans les médias locaux et nationaux, avec un lourd travail de terrain. Car pour les élections locales et "générales" (les législatives anglaises) c'est chaque "council", autrement dit conseil local, qui est en charge d'organiser l'élection, son dépouillement et l'annonce des résultats à l'échelle de la circonscription parlementaire. Il revient généralement à la BBC, média public et institution outre-Manche, de réaliser la première synthèse des votes. Le résultat officiel est tout de même validé et communiqué par la Commission électorale (the Electoral commission) qui publie les chiffres globaux des élections, mais souvent très tardivement. Pour le référendum sur le Brexit, le résultat sera communiqué par un "chef de comptage" au sein du Manchester Town Hall, l'hôtel de ville de Manchester. Un espace est déjà dédié au Brexit et à son résultat sur le site de la BBC.

Brexit : définition, question posée, dates clés, conséquences...
La campagne sur le Brexit a été marquée dans la dernière semaine par l'assassinat de Jo Cox, députée pro-UE, le 16 juin 2016 (lire ci dessous). Puis elle a repris dimanche dernier, sans doute plus apaisée et avec des sondages moins favorables au "oui" qu'auparavant. Mais comment s'est scellé le référendum sur le Brexit ? Quelle question sera posée aux Britanniques lors de ce référendum ? Quelles étaient les exigences de David Cameron et de son gouvernement pour rester dans l'Union et quelles concessions ont été accordées à la Grande-Bretagne par les dirigeants et les instances européennes ? Quel résultat peut-on attendre au vu des sondages et de leur évolution ? Quelles seraient, le cas échéant, les modalités d'une sortie du Royaume-Uni de l'UE ? Et surtout quelles seraient les conséquences du Brexit ?
Qu'est-ce que le Brexit ?

La définition théorique du Brexit est simple : il s'agit de l'option d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ("British exit"). Cette idée est présente depuis longtemps dans une large frange de l'opinion britannique, eurosceptique voire clairement europhobe. La Grande-Bretagne, qui ne fait pas partie de l'espace Schengen et n'a pas adopté l'euro, a d'ailleurs gardé ses distances avec certains traités de l'UE, et ce depuis sa création. Margaret Tatcher a longtemps incarné cette méfiance vis-à-vis des instances européennes utilisant même une phrase restée célèbre en 1979 : "I want my money back" ("je veux récupérer mon argent"), pour dénoncer le fait que la Grande-Bretagne payait plus qu'elle ne recevait de l'UE à l'époque.

EN VIDEO - La campagne reprend peu à peu après le meurtre de Jo Cox.

Plus récemment, en 2007, David Cameron, alors leader de l'opposition conservatrice, promettait qu'un référendum serait organisé sur le traité de Lisbonne si la droite arrivait au pouvoir. Le traité de Lisbonne, qui remplace le projet de Constitution européenne, venait alors d'être signé par le Royaume-Uni et son Premier ministre travailliste Gordon Brown. En 2010, David Cameron remportera finalement les législatives, puis il sera réélu, à la surprise générale, lors des élections de 2015, avec la même promesse de campagne. Et celle-ci lui a depuis été régulièrement rappelée, notamment par la frange la plus conservatrice de son parti politique, les "Tories". La succession de crises européennes, sur les dettes souveraines comme sur l'accueil des réfugiés, aura sans doute poussé le Premier ministre à concrétiser son engagement lors de ce second mandat.

Dans l'histoire britannique, un référendum a déjà été mené sur le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne. C'était en 1975 et il s'agissait alors de la Communauté économique européenne (CEE). Le "oui" l'avait emporté à 67,2 %.

Comment s'est scellée l'organisation d'un référendum sur le Brexit au Royaume-Uni ? Lors de la campagne pour les élections générales de 2015, David Cameron avait promis à ses électeurs d'organiser une consultation avant la fin d'année 2017. Ce sera chose faite. Le 10 novembre 2015, manifestement poussé dans ses derniers retranchements, le Premier ministre britannique a d'abord présenté dans une lettre les exigences de la Grande-Bretagne pour rester dans l'UE. Des exigences qui ont été discutées et qui ont fait l'objet d'un accord lors d'un sommet européen les 18 et 19 février 2016 (lire ci-dessous les concessions obtenues).

C'est fort de cet accord que David Cameron est revenu à Londres, défendant dès lors ouvertement le maintien de son pays dans l'Union européenne. Mais politiquement, il semblait acrobatique voir suicidaire de renier sa promesse de consultation publique. Le locataire du 10 Downing Street a donc annoncé, dès le 20 février 2016, à la sortie du conseil des ministres, un référendum pour le 23 juin 2016, tout en militant pour le "non" au Brexit. Face à une presse et à des conservateurs sceptiques sur l'accord obtenu, David Cameron a admis avoir "quatre mois pour convaincre".

Brexit : la question posée

La Commission électorale a d'ores et déjà proposé depuis plusieurs semaines le libellé de la question posée, qui a été accepté par les députés. La question sera la suivante :

"Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne ?"

("Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union ?").

Les options pour les électeurs seront de voter pour "rester membre de l'Union européenne" ("Remain a member of the European Union", autrement dit "non" au Brexit) ou pour "quitter l'Union européenne" ("Leave the European Union", autrement dit "oui" au Brexit).

Date du Brexit
Outre le référendum sur le Brexit, fixé le 23 juin 2016, plusieurs dates clés jalonnent le processus :

18 et 19 février 2016 - Le sommet européen à Bruxelles a abouti à un accord entre l'UE et le Premier ministre britannique David Cameron. Ce dernier a à peu près obtenu ce qu'il demandait à ses pairs européens, avec une série de réformes renforçant le statut à part de la Grande-Bretagne dans l'UE (lire ce qu'a obtenu David Cameron). Sur cette base, il a annoncé la tenue le 23 juin du référendum qui décidera du maintien ou de la sortie (Brexit) du Royaume-Uni de l'UE.

3 mars 2016 - La question du Brexit a encore monopolisé l'attention en marge du 34e sommet franco-britannique à Amiens. Alors que François Hollande et David Cameron se sont retrouvés pour commémorer la Bataille de la Somme, les yeux étaient tournés vers la "Jungle" de Calais, où affluent en masse des milliers de migrants tentant par tous les moyens de rallier les côtes anglaises. La Grande-Bretagne s'est engagée à augmenter "d'une vingtaine de millions d'euros" son aide à la France dans la crise des migrants à Calais. Une aide qui est actuellement de plus de 60 millions d'euros. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a par ailleurs souhaité que "tous ceux qui ont des attaches en Grande-Bretagne, parmi notamment les mineurs isolés," voient leur dossier examiné par les services de l'immigration britannique. Le Brexit n'a pas été évoqué ouvertement, mais ces efforts de la Grande-Bretagne sur les questions d'immigration ne manqueront pas de peser dans le débat.

15 avril au 23 juin 2016 - La campagne officielle a été ouverte au Royaume-Uni. La Commission électorale a prévu des spots télévisés et des temps de paroles équitablement répartis entre chacun des deux camps.

16 juin 2016 - La députée travailliste Jo Cox a été assassinée en marge d'une réunion politique. Cette élue pro-européenne militait ouvertement pour le maintien dans l'UE de la Grande-Bretagne. La campagne a été suspendue pendant trois jour, avant de reprendre dans un climat particulier.

23 juin 2016 à 22h00 GMT - Fermeture prévue des bureaux de vote. Les dépouillements seront remontés au sein de 12 centres régionaux, qui permettront rapidement de calculer le total des voix pour chacune des deux réponses. Un chef de comptage annoncera ensuite le résultat global au sein du Manchester Town Hall.

2018 - Sortie du Royaume-Uni de l'UE ? Selon les premières anticipations, en cas de vote favorable à la sortie de l'Union européenne, la rupture s'effectuerait en deux ans minimum, le tout dépendant de la durée et des modalités de la négociation.

Définition du Brexit

Quelle serait la définition exacte d'un Brexit dans les faits ? Autrement dit, comment l'Angleterre sortira-t-elle de l'UE ? Les étapes immédiates en cas victoire du "oui" à la sortie de l'UE sont elles-mêmes assez floues. Le Premier ministre David Cameron devrait alors notifier officiellement au Conseil européen une demande de retrait de son pays de l'Union. David Cameron, qui jouerait par la même occasion son poste, a promis qu'en cas de victoire du "oui", il irait très vite. Cette notification officielle pourrait néanmoins prendre du temps, même les ministres pro-Brexit se gardant de toute procédure trop hâtive. Des "discussions préliminaires" seraient certainement engagées, mais la pression du vote sera forte, tout comme celle de faire avancer l'UE qui sera, de fait, "bloquée" pendant toute la procédure. Car tant que le retrait n'est pas acté, le Royaume-Uni devra respecter les traités de l'UE, tout en étant mis à l'écart des décisions. Décisions qui devraient être réduites à leur portion congrue dans cette période d'incertitude.

La sortie d'un pays de l'Union est prévue par l'article 50 du traité de Lisbonne, entré en vigueur en 2009. L'article indique que "les négociations doivent durer au maximum deux ans" et que la sortie doit se faire via "un accord fixant les modalités [du] retrait, en tenant compte du cadre [des] relations futures avec l'Union" de l'Etat sortant. Ledit accord doit être validé par le Conseil européen, après un vote du Parlement européen. Mais les négociations pourraient être confiées, par le Conseil, à la Commission européenne, qui traitera vraisemblablement avec une personnalité britannique, pourquoi pas un ministre nommé spécialement pour organiser le Brexit (on parle déjà d'un "Brexiter" outre-Manche). En cas d'échec des négociations, la Grande-Bretagne peut aussi quitter l'UE de manière unilatérale.

Brexit : qu'a obtenu David Cameron ?

Lors du sommet des jeudi 18 et vendredi 19 février 2016, les dirigeants européens ont tenté d'arracher un compromis à Bruxelles, pour garder le Royaume-Uni dans l'UE. Le tout, alors que celle-ci est confrontée la pire crise migratoire de son histoire, que Londres constitue l'un des objectifs pour des milliers de migrants et que le Royaume-Uni, qui fait partie de l'UE sans être dans la zone de libre circulation de l'accord de Schengen, garde ses frontières fermées. Ce sommet, qui réunissait 28 chefs d'Etat et de gouvernement a abouti à un accord. Accord qui a permis à David Cameron d'annoncer qu'il militerait pour le maintien de son pays dans l'UE lors du référendum, fixé au 23 juin 2016.

David Cameron a présenté plusieurs revendications aux dirigeants de l'Union européenne lors du sommet des 18 et 19 février 2016. La première : supprimer le droit automatique aux prestations sociales pour les ressortissants d'autres pays de l'Union européenne. Il demandait aussi un pouvoir de contestation accru des parlements nationaux en cas de désaccord sur une directive de l'Union européenne, avec un droit de veto fixé à la moitié de ces parlements nationaux. D'autres mesures ont été demandées dont l'indépendance totale vis-à-vis des décisions de la zone euro ou une régulation moins importante. David Cameron estime avoir obtenu gain de cause et annonçait dès le 19 février qu'il mènerait campagne pour le maintien du royaume-Uni dans l'UE.

Dans le détail, voici ce que l'Union européenne a concédé aux Britannique :

Sur l'immigration, une clause de sauvegarde de sept ans a été accordée au Royaume-Uni sur certaines aides sociales pour les nouveaux migrants. Cette clause permet de limiter les versements selon une échelle graduelle. Il sera aussi possible pour Londres d'indexer les allocations familiales au niveau de vie du pays où vivent les enfants.

Sur la souveraineté, le Royaume-Uni a obtenu la mise en place d'un "carton rouge", soit la possibilité de s'exempter  d'un traité si une alliance de 55 % des votes alloués aux parlements nationaux est réunie. David Cameron a aussi annoncé qu'il prendrait de nouvelles mesures pour protéger la souveraineté britannique.

Sur la gouvernance économique, David Cameron, qui craignait que Londres soit pénalisée par son refus d'adopter l'euro, affirme avoir obtenu des garanties pour protéger la City contre toute discrimination. Il indique que l'UE a reconnu "pour la première fois" qu'elle avait plusieurs monnaies. Une version de l'accord qui est aujourd'hui contestée par les euro sceptiques comme par les défenseurs de l'euro.

Sur la compétitivité, Cameron a obtenu un accord pour "améliorer la compétitivité" et prendre "des mesures concrètes" pour avancer.

Campagne sur le Brexit

La campagne du Brexit a été marquée par l'assassinat de Jo Cox, députée du Labour pro-européenne, le 16 juin 2016. Elle militait ouvertement contre une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Jo Cox, femme de 41 ans, mère de deux enfants, a été violemment agressée en marge d'une réunion politique et est morte de la suite de ses blessures. Elle avait été grièvement blessée par balles et par arme blanche par un homme, présenté comme un déséquilibré proche de l'extrême droite, qui aurait crié "Britain first" ("Priorité au Royaume-Uni"). Le camp pro-UE a aussitôt annoncé suspendre sa campagne. Boris Johnson, principal leader politique favorable au Brexit (et donc à la sortie de l'UE), a lui aussi mis sa campagne en suspens. Celle-ci a été interrompue trois jours avant de reprendre le dimanche 19 juin 2016, à quatre jours du référendum, et avec plus de retenue.

La campagne qui fait désormais rage outre-Manche fait l'objet d'un torrent d'arguments plus ou moins pertinents des pro comme des anti-Brexit depuis des mois, comme l'a récemment rappelé le Figaro. Mais quelles sont exactement les forces en présence ? Comme en France, les divisions entre pro et anti-européens pénètrent à l'intérieur même des partis politiques.

Les conservateurs - Avant le 23 juin 2016, David Cameron, fort des concessions obtenues et clairement favorable au "non" (autrement dit au maintien dans l'UE), espèrait redonner un peu "d'envie d'Europe" aux Britanniques et notamment à sa famille politique, les conservateurs. Le Premier ministre pourrait cependant être piégé par la frange la plus eurosceptique de son parti. Premier coup dur pour le Premier ministre britannique : l'ancien maire de Londres, le très populaire Boris Johnson, a annoncé dès le début de l'année 2016 qu'il ferait campagne pour une sortie de l'Union européenne. Dans un style très provocateur, caractéristique de l'élu conservateur, il multiplie depuis les saillies contre l'Europe. Il a affirmé dès le 21 février qu'il ne fallait pas "confondre les merveilles de l'Europe, les vacances en Europe, la nourriture fantastique et les amitiés etc. avec un projet politique qui est en marche depuis des décennies et menace maintenant d'échapper au contrôle démocratique". D'autres membres des "Tories" affichent aussi leur opposition au Premier ministre et se disent favorables au Brexit. Un nouveau mouvement, "Conservatives for Britain", regroupant des parlementaires europhobes, a même été créé. Plusieurs ministres, dont le titulaire du portefeuille de la Justice, Michael Gove, qualifié de proche de David Cameron, seraient également favorables au Brexit.

David Cameron. © palinchak / 123RF Banque d'images

- Les travaillistes - Le Labour s'est lancé à son tour dans la campagne tardivement, à la fin avril. Son nouveau leader, Jeremy Corbyn, a indiqué lors d'un discours pro-européen que le parti travailliste ferait campagne en faveur du maintien dans l'UE. Dans l'histoire du Royaume-Uni, la "gauche" n'a pourtant pas toujours été très proche des idées européennes, longtemps associées à un pas de plus vers la libéralisation de l'économie. Corbyn a ainsi voté contre l'adhésion de son pays à l'UE en 1975 et contre le traité de Lisbonne en 2008. Au sein du parti, des divisions se sont manifestées, plusieurs parlementaires défendant la sortie du pays de l'Union européenne. L'homme d'affaires John Mills, plus gros donateur du parti travailliste, a emmené avec lui plusieurs élus anti-européens. Au sein du labour, un mouvement, "Vote leave", a fait campagne pour le Brexit.

- Les eurosceptiques de Ukip - Pour Ukip (UK Independence Party), pas de doute : le Royaume-Uni doit bien sortir de l'UE, et au plus vite. A l'instar du FN en France, la position de ce parti souverainiste et anti-immigration vis-à-vis de l'Union européenne ne souffre d'aucune nuance. Les troupes de Nigel Farrage, grandes gagnantes des dernières élections européennes (27,5 % des voix en 2014) et considérées comme le troisième parti de Grande Bretagne depuis les législatives de mai dernier (13 % des voix), se sont positionnées clairement en faveur du Brexit. La campagne fut principalement axée sur la "menace" que constituerait l'immigration, favorisée selon les militants par l'Union européenne. Ukip a lancé le groupe "Leave.eu", financé par plusieurs hommes d'affaires.

- Les centristes LibDems - A l'opposée de Ukip, les centristes du Lib Dem (Liberal democrats), constituent le seul parti du Royaume-Uni clairement europhile. Après une percée en 2010, qui avait obligé David Cameron à s'associer à Nick Clegg pour former son gouvernement, ce parti ce centre droit a cependant perdu de son poids politique ces dernières années. Tim Farron, son nouveau chef, s'est néanmoins affiché à plusieurs meetings organisés contre le Brexit lors de la campagne, notamment avec les Verts. Difficile pourtant dans cette campagne de s'associer à David Cameron, avec qui les ponts sont coupés. Pour Nick Clegg, qui fut vice-Premier ministre du Royaume-Uni de 2010 à 2015, il est en effet "ironique" que David Cameron soit devenu le porte-parole du camp du "non" au Brexit, tant il a lui-même contribué à l'installation d'un sentiment europhobe en grande-Bretagne.

- Le débat a essaimé dans le reste du monde. Ainsi, on a vu ces dernières semaines de nombreux acteurs politiques européens voire mondiaux se mobiliser, généralement en faveur d'un maintien dans l'UE. Parmi les chefs d'Etat ayant clairement pris position, on trouve François Hollande, qui a plusieurs fois appelé les britanniques à "se souvenir de leurs liens avec l'Europe", notamment en se rendant à Londres début mars. Barack Obama s'est lui aussi rendu sur place en avril pour alerter les Britanniques sur l'isolement que subirait la Grande-Bretagne si elle sortait de l'UE. Nationalistes, indépendantistes et souverainistes européens, eux, verraient dans le Brexit un premier pas. En France, Marine Le Pen a déjà pris position pour le Brexit. En Europe, Catalans et Ecossais ont regardé cette campagne avec attention.Qu'en serait-il réellement des conséquences d'un Brexit ? L'hypothèse d'une rupture fait l'objet d'un réel flou, à la fois pour le Royaume-Uni et pour l'Union européenne. En l'absence de précédent, il est difficile de mesurer l'impact de ce potentiel choc politique, en particulier sur l'économie. Mais plusieurs organismes donnent des prévisions alarmistes.

Conséquences pour l'UE - Le Brexit présente un risque "réel", selon Donald Tusk. Mais ses conséquences sont totalement inconnues. Si l'option d'une sortie de la Grèce ("Grexit"), à l'initiative de l'UE, a été évoquée à plusieurs reprises ces dernières années, aucun pays n'a jamais quitté l'Union européenne (si ce n'est le Groenland en 1985, avec des conséquences limitées). Pour plusieurs dirigeants, cette sortie du Royaume-Uni serait un véritable tremblement de terre pour une Union européenne déjà en crise. Un "choc" même selon Manuel Valls.

Les conséquences d'un Brexit pourraient donc être négatives pour l'UE. Selon l'économiste Philippe Dessertine, membre du haut-conseil des finances publiques, qui s'est exprimé sur RTL en avril 2016, le risque de "conséquences à moyen-long terme" pourrait s'avérer "très lourd".  Perdre le Royaume-Uni dans l'UE viendrait à en retirer le poids économique de la "seconde puissance européenne" et la "cinquième puissance mondiale". Selon un rapport de l'OCDE soulignant principalement les effets négatifs pour le Royaume-Uni, le Brexit pourrait aussi avoir des "incidences pour tous les membres de l'OCDE, en particulier en Europe". Selon l'institution, la puissance industrielle et financière de Londres est en effet "l'un des trois moteurs économiques de l'Europe". "Le marché commun se trouverait totalement déstabilisé et un rééquilibrage, en faveur de l'Allemagne et au détriment de la France", pourrait même voir le jour, indique le rapport.

D'autres experts et d'autres institutions minimisent le coût du Brexit, en tout cas pour l'UE et les partenaires du Royaume-Uni. Selon Catherine Matthieu, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) cette fois, les conséquences d'un Brexit seraient au contraire peu importantes pour l'Europe bien que "le Royaume-Uni [soit] un contributeur net du budget européen". Elle pourrait même n'avoir "aucun effet économique négatif à terme", compte tenu que les échanges entre l'UE et l'île seraient préservés.

Conséquences pour le Royaume-Uni - Selon la présidente de la banque centrale américaine, Janet Yellen, qui s'est exprimée le 6 juin 2016 sur la question, une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait avoir "d'importantes répercussions" économiques. Il s'agit de la dernière en date d'une longue liste de mises en garde adressées par différentes institutions aux Britanniques. Car les conséquences d'un Brexit pour le Royaume Uni constituent l'une des principales questions de ce référendum.

En Grande-Bretagne, plusieurs députés opposés à toute sortie de l'UE invoquent depuis des semaines le fait que de nombreux investisseurs et entreprises mondiales choisissent de s'implanter dans le pays pour entrer dans le vaste marché européen. Les économistes rappellent dans les médias que l'adhésion du Royaume-Uni avait considérablement accru les exportations du pays. Dans la foulée de l'annonce du référendum et de la prise de position pour le "non" de Boris Johnson, la livre a chuté à 1,4058 dollar le 22 février, son niveau le plus faible depuis mi-mars 2009. Elle a de nouveau chuté début juin, quand plusieurs sondages ont donné la sortie de l'UE en tête (1,4353 dollar). En mars 2016, une analyse de PricewaterhouseCoopers pour le patronat britannique chiffrait à 100 milliards de livres la perte de revenus d'ici 2020, en cas de sortie du Royaume-Uni de l'UE, soit 5,5% du PIB, en 2020.

Lors de l'ouverture de la campagne officielle, le 15 avril 2016, le gouvernement de David Cameron a alerté la population du risque économique d'un Brexit. Le Trésor a publié un long rapport de 200 pages sur le sujet, prévoyant un manque à gagner de 6 % du PIB à l'horizon 2030 en cas de sortie de l'UE. Et cela dans le cas d'un accord de libre-échange entre Londres et Bruxelles. La perte d'activité par foyer s'élèverait à 4 300 livres par an (5 400 euros). Dans une tribune au Times, le chancelier de l'Échiquier, George Osborne, a fait ouvertement campagne en surfant sur les conséquences du Brexit. Annonçant "moins de commerce, moins d'investissement et moins d'affaires", il indique qu'en cas de rupture avec l'Union, le Royaume-Uni serait "appauvri pour toujours".

A la mi-juin, treize prix Nobel britanniques ont mis en garde eux aussi contre un Brexit qui mettrait la recherche scientifique du Royaume-Uni "en péril". Dans une lettre adressée au quotidien The Daily Telegraph, le groupe de scientifiques estime que "la perspective d'une perte des financements de l'Union européenne constitue un risque majeur pour la recherche scientifique britannique". "La science nourrit notre prospérité, notre système de santé, notre capacité d'innovation et notre croissance économique", alertent les chercheurs, parmi lesquels le physicien Peter Higgs, prix Nobel 2013 et le biochimiste Paul Nurse, récompensé en 2001. "Les affirmations des pro-Brexit selon lesquelles le Trésor comblerait ce trou [dans les financements] sont naïves", ajoutent-ils, soulignant que la part du PIB britannique accordée à la recherche se situe déjà "bien en deçà de la moyenne des pays de l'UE et de l'OCDE".

Selon une étude d'Open Europe, un think tank réputé, le pays enregistrerait une perte de 3 % de croissance d'ici 2030 si l'UE tournait le dos au Pays. Dans le cas d'une rupture avec l'UE, mais assortie d'un accord économique global privilégié, la perte serait réduite à 0,8 %. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a lui aussi tiré la sonnette d'alarme, évoquant le 27 avril 2016 un "choc négatif majeur" pour l'économie britannique. Alors que la croissance du PIB du Royaume-Uni a ralenti à 0,4% au premier trimestre de 2016, à cause notamment du marasme de l'industrie manufacturière et de la construction, les inquiétudes sur un Brexit ont pu aussi peser. Et le rapport de l'OCDE parle d'un recul du revenu des Britanniques qui pourrait représenter l'équivalent d'un mois de revenu en quatre ans en cas de sortie de l'Union européenne (UE). L'OCDE compare le Brexit à "un  impôt sur le PIB, imposant un coût durable et croissant sur l'économie, qui ne serait pas encouru si le Royaume-Uni restait dans l'UE".

D'autres grandes institutions, comme le FMI ou le G7, ont pointé le risque économique de constituerait le Brexit pour la Grande Bretagne. Les plaies promises au Royaume-Uni restent les mêmes : chute de la livre sterling d'abord, des investissements ensuite et des marchés financiers, puis des prix immobiliers et enfin récession généralisée assortie d'une explosion du chômage et d'une inflation réduisant le pouvoir d'achat. Selon les études, l'impact est évalué à 9 % sur le PIB britannique à l'horizon 2030.

Mais plusieurs organisations et personnalités font valoir à l'inverse que les Britanniques gagneraient de toute manière à reprendre la maîtrise entière de leur budget et qu'ils seront libres de renforcer à l'envi les politiques de déréglementation une fois la sortie de l'UE actée. Plusieurs scénarios demeurent possibles, et tout dépendra des relations nouvelles qui se maintiendraient entre les pays membres et le Royaume-Uni.

 

Avec l internaute

 

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31 January 2024
La Revue de Presse de ce 31 janvier 2024

Les crimes oubliés en RDC

Le Panafricaniste Kemi Seba parle du criminel Kagame et de la RDC

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