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EUROPE

L'actualité de la semaine en Europe

Le régime russe a déclaré la guerre à l’Ukraine pour «démilitariser et dénazifier» le pays, a-t-il justifié. L’ambassade de la Russie au Canada a réitéré ce message dans une lettre partagée sur Twitter, mardi, déclarant que «des crimes contre l’humanité et des violations du droit international humanitaire sont commis par les Forces armées de l’Ukraine et des groupes néonazis comme Asov». Oui, il y a des groupes d’extrême droite en Ukraine, dont le plus connu, le régiment Azov, a bel et bien été intégré à la garde nationale du pays. Ce qui ne fait pas pour autant, vous vous en doutez, du gouvernement ukrainien et de son armée des «néonazis». Contexte.

Le régiment Azov, du nom de la mer qui borde l’Ukraine, la Russie et la Crimée, s’est fait connaître en mai 2014, au début de la guerre du Donbass opposant le gouvernement ukrainien aux séparatistes prorusses. 

À l’époque, explique Dominique Arel, titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes de l’Université d’Ottawa, l’armée ukrainienne, «très faible», avait fait appel à des bataillons de volontaires afin de défendre la souveraineté de l’État ukrainien au Donbass et de lutter contre l’insurrection armée prorusse. 

«L’idée, c’était un peu de remplacer la police, d’aller dans des territoires et de faire des jobs de police, parce que la loyauté des policiers en Ukraine de l’Est n’était pas claire à ce moment. Finalement, ils [les bataillons de volontaires, dont celui d’Azov], se sont retrouvés en position de combat», précise le professeur, ajoutant qu’Azov «n’était évidemment pas le seul bataillon de volontaires, mais avec les médias sociaux, il a acquis une très grande notoriété». 

Azov, aussi connu sous le nom des «hommes en noir», a intégré la garde nationale ukrainienne à l’automne 2014 et est depuis financé et armé par le ministère de l’Intérieur ukrainien. De 2014 à 2016, le nombre de «combattants potentiels» d’Azov serait passé de 800 à 4000, si l’on en croit Wikipedia. Aujourd’hui, leur nombre serait estimé entre 2000 et 4000, sur un total de 200 000 à 250 000 soldats de l’armée ukrainienne, beaucoup plus forte qu’il y a huit ans. Le régiment Azov ne représente donc qu’une «infime partie» de la garde nationale ukrainienne, souligne Dominique Arel.

Résolument d’extrême droite

À n’en point douter, le cœur d’Azov est résolument d’extrême droite. Les «hommes en noir» ne sont pas seulement au front en tant que milice, ils font aussi la pluie et le beau temps dans la rue, où ils «participent à des actions disgracieuses», s’en prenant aux Roms et aux «groupes marginalisés», explique le professeur Arel. 

«Ils font du vigilitantisme [ou autojustice], sont à l’affût de gens qui sont prorusses. Parfois il y a des clash avec la police, parfois ils travaillent avec elle. Ce ne sont pas des gens qui sont ouverts à des groupes marginalisés, aux LGBTQ et tout ça», décrit le titulaire de la Chaire d’études ukrainiennes de l’Université d’Ottawa.

Dans la rue comme sur les réseaux sociaux, Azov s’affiche fièrement avec des symboles de la droite radicale. Son logo, notamment, ressemble à celui des SS. Ce qui est «ridicule» quand on sait que pendant la Deuxième Guerre mondiale, «le plan nazi, c’était de détruire l’Ukraine, d’exterminer les Juifs — il y en avait un million et demi en Ukraine — et de démoderniser l’Ukraine», souligne Dominique Arel. «Les nazis s’en prenaient aux Ukrainiens comme [s’ils étaient] des sous-hommes.»

Sans la justifier, loin de là, il faut selon le professeur «nuancer» la présence, marginale, d’un groupe comme Azov en Ukraine. Des groupes d’extrême droite, il y en a «partout en Europe», incluant en Ukraine, rappelle-t-il. «Il y en a autant en Russie qu’en Ukraine. La différence, c’est qu’en Russie, ces groupes-là sont tolérés sinon appuyés par l’État officieusement.»

En Ukraine, la tolérance envers Azov serait selon lui surtout liée à la situation à laquelle le pays a été confronté en 2014 en Crimée et au Donbass. «L’armée ukrainienne était tellement faible, et il y avait des volontaires qui étaient indésirables en termes d’orientations politiques, mais qui étaient prêts à se battre pour l’Ukraine. Ça explique un peu le rapport compliqué entre l’État et ces groupes-là, qui étaient et qui sont encore prêts à se battre pour l’Ukraine, comme tout le monde [dans la population ukrainienne] est prêt à se battre pour l’Ukraine.»

Cette tolérance des autorités ukrainiennes à l’égard d’Azov pourrait aussi s’expliquer par le fait que le groupe «a un certain pouvoir dans la rue, pendant les manifestations», avance le professeur, faisant référence au potentiel de violence qu’il représente.

Dominique Arel souligne par ailleurs que lorsqu’il y a des élections en Ukraine, les partis politiques d’extrême droite comme celui d’Azov (car le groupe a aussi créé un parti politique en 2016, le Corps national) ne récoltent qu’une infime partie du vote. «Ils ont une présence dans la rue, une présence dans les milices, mais pas électoralement, contrairement à d’autres pays en Europe de l’Est ou même en Europe de l’Ouest. […] Il n’y a pas de parti d’extrême droite basée sur ces milices-là qui a réussi à percer en Ukraine», expose-t-il.

Mais avec le type de système électoral (proportionnel) de l’Ukraine, «il y a parfois des individus qui parviennent à se retrouver sur des listes et qui ont donc une certaine présence au parlement, même si leur parti comme tel n’est pas représenté», précise Dominique Arel. 

Pour le professeur, lorsque Vladimir Poutine affirme qu’il veut «démilitariser et dénazifier» l’Ukraine, «il ne parle pas de démanteler le bataillon Azov, il nous parle de détruire l’armée, de renverser le gouvernement au complet et de scinder l’Ukraine». 

«On est bien au-delà du problème d’Azov, qui est par ailleurs bien réel. […] Pour Poutine, tous les nationalistes sont des nazis», résume Dominique Arel, qui rappelle au passage que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est... juif.

 
 

 

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