Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’Alliance Fleuve Congo (AFC) associée au mouvement rebelle M23 (désigné sous le nom AFC-M23) a remplacé plus d’une vingtaine de chefs coutumiers dans les zones qu’elle occupe, selon une étude récente. Cette reconfiguration des structures traditionnelles locales intervient principalement dans les territoires du Nord-Kivu et, dans une moindre mesure, du Sud-Kivu sous contrôle de la rébellion, notamment autour de Goma, Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et d’autres entités conquises depuis les avancées majeures de début 2025.
Les chefs traditionnels évincés sont souvent remplacés par des personnes considérées comme proches du mouvement AFC-M23, parfois qualifiées d’« imposées » et étrangères aux lignages coutumiers légitimes. Parmi ces remplacements, au moins trois chefs de chefferie – le niveau le plus élevé de l’autorité coutumière – auraient été démis de leurs fonctions. Les chefs coutumiers jouent un rôle central en RDC : ils gèrent les terres communautaires selon le droit coutumier, perçoivent des redevances, règlent les conflits locaux et incarnent la légitimité des communautés. En les remplaçant, l’AFC-M23 cherche à consolider son emprise administrative, à contrôler la gestion foncière et à affaiblir les autorités traditionnelles fidèles à Kinshasa.
Cette stratégie s’inscrit dans une logique plus large de mise en place d’une administration parallèle, incluant la nomination d’administrateurs, la création de structures judiciaires et sécuritaires autonomes, et la redistribution de terres. Le président Félix Tshisekedi a dénoncé cette pratique comme une « entreprise pernicieuse » visant à substituer les chefs coutumiers légitimes par des individus imposés, dans le cadre d’une logique d’occupation. Des sources coutumières, des autorités locales et des rapports antérieurs du groupe d’experts de l’ONU ont également alerté sur ces destitutions et sur la violation des procédures traditionnelles de succession. Cette affaire s’ajoute aux tensions persistantes dans l’est du pays, où l’AFC-M23 administre de vastes territoires depuis la prise de Goma et Bukavu.
Elle illustre les efforts du mouvement pour transformer son contrôle militaire en gouvernance de fait, au risque de bouleverser durablement les équilibres traditionnels, fonciers et communautaires locaux. Au-delà des combats, il s’agit d’une guerre pour le contrôle des structures de pouvoir locales, avec des implications à long terme sur la terre, l’identité communautaire et la légitimité politique dans les zones occupées.
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