
Dans la province du Sankuru, la désignation par l’Union Sacrée de la Nation d’un tandem pour briguer les postes de gouverneur et de vice-gouverneur provoque de vives tensions et menace la cohésion de la coalition présidentielle au niveau local. L’Union Sacrée a officiellement investi Jules Lodi Emongo (également appelé Jules Elodi Mongo), ancien gouverneur du Sankuru et sénateur, comme candidat unique au poste de gouverneur, accompagné de Charles Motomoke Yanape comme vice-gouverneur. Cette décision, annoncée via un communiqué du secrétariat permanent de la plateforme, vise à présenter un ticket unique lors de l’élection provinciale qui doit se tenir prochainement à Lusambo, après le report du scrutin initialement prévu et la déchéance du gouverneur sortant Victor Kitenge.Cette imposition venue du sommet de la coalition crée cependant des remous importants au sein même de l’Union Sacrée dans le Sankuru.
Plusieurs cadres et élus provinciaux, issus de différentes composantes de la plateforme (UDPS, UNC, MSR ou autres partis alliés), expriment leur mécontentement, estimant que le choix n’a pas fait l’objet d’une large consultation interne et qu’il favorise un clan au détriment d’autres sensibilités. Certains dénoncent un manque de transparence et une volonté de recentraliser le contrôle de la province au profit de Kinshasa, tandis que d’autres voix locales estiment que Jules Lodi Emongo, malgré son expérience passée à la tête de la province, traîne des controverses liées à sa gestion antérieure qui pourraient compliquer sa légitimité sur le terrain. La division est d’autant plus palpable que le Sankuru, province historiquement attachée à la famille politique de Joseph Kabila mais passée sous influence de l’Union Sacrée ces dernières années, reste un bastion sensible où les équilibres ethniques et claniques (notamment entre les différentes communautés Tetela et autres groupes) jouent un rôle important. Des rumeurs de candidatures indépendantes ou de défections au sein de la coalition circulent déjà, ce qui risque de fragiliser la majorité dont dispose l’Union Sacrée à l’Assemblée provinciale.
Face à cette situation, certains leaders locaux appellent à un dialogue urgent pour préserver l’unité, tandis que d’autres accusent la direction nationale de l’Union Sacrée de pratiquer une politique d’imposition qui pourrait coûter cher lors des prochaines échéances électorales. Ce bras de fer interne intervient dans un contexte plus large de tensions au sein de la coalition présidentielle, où la gestion des postes de gouverneurs et vice-gouverneurs dans plusieurs provinces continue de susciter des frustrations et des recompositions. Pour l’heure, l’Union Sacrée maintient son ticket et appelle à la discipline, mais l’unité tant vantée au niveau national semble se fissurer localement au Sankuru, illustrant une fois de plus les difficultés de la plateforme à concilier centralisme et réalités provinciales. L’élection du gouverneur, lorsqu’elle aura lieu, sera donc un test important pour mesurer la solidité réelle de l’Union Sacrée dans cette partie du Kasaï.
Pascal Kwilu








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