
Lors des débats du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrés à la situation sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC), tenus tout récemment à New York, les États-Unis ont une nouvelle fois haussé le ton contre le Rwanda. Washington accuse explicitement Kigali de continuer à aggraver la crise dans l’Est congolais par son soutien soutenu au groupe armé M23/AFC, en violation flagrante des Accords de Washington signés le 4 décembre 2025 sous médiation américaine par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame. La représentante américaine a exprimé une profonde déception face à la persistance des violences malgré les engagements pris. Elle a déclaré que le Rwanda « continue d’exacerber le conflit », constituant une « violation directe » des obligations contenues dans les Accords de Washington pour la paix et la prospérité.
Selon Washington, ce soutien opérationnel, logistique, militaire et même direct (avec des troupes rwandaises engagées aux côtés du M23) a permis aux rebelles de réaliser des avancées territoriales importantes, de s’emparer de zones stratégiques riches en minerais et d’aggraver une crise humanitaire déjà dramatique, marquée par des millions de déplacés internes, des exécutions sommaires, des violences sexuelles et d’autres graves violations des droits humains. Ces accusations s’inscrivent dans une escalade progressive de la position américaine. Dès décembre 2025, lors d’une précédente séance du Conseil de sécurité, l’ambassadeur américain Mike Waltz avait accusé le Rwanda de « mener la région vers plus d’instabilité et vers la guerre ». Cette ligne dure s’est concrétisée en mars 2026 par l’imposition de sanctions ciblées par le Département du Trésor américain (OFAC) contre la Force de défense rwandaise (RDF) dans son ensemble, ainsi que contre quatre hauts officiers : le chef d’état-major de l’armée Vincent Nyakarundi, le major-général Ruki Karusisi, le général Mubarakh Muganga et le brigadier-général Stanislas Gashugi. Ces mesures visent à sanctionner le soutien direct apporté au M23, groupe déjà sanctionné par les États-Unis et les Nations Unies depuis plusieurs années.Les Accords de Washington, présentés à l’époque comme une avancée historique par l’administration Trump, prévoyaient notamment un cessez-le-feu, le retrait des forces étrangères du territoire congolais, la neutralisation des groupes armés négatifs (dont les FDLR du côté congolais) et une coopération économique régionale. Cependant, quelques jours seulement après la signature, la prise de contrôle de villes comme Uvira par le M23 avait déjà provoqué la colère de Washington, qui y voyait une violation immédiate des engagements.
Face à ces reproches, le Rwanda rejette catégoriquement les accusations, les qualifiant d’« injustes », « unilatérales » et déformant la réalité du conflit. Kigali affirme agir uniquement en légitime défense contre les menaces posées par les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) et d’autres milices hostiles présentes sur le sol congolais. Les autorités rwandaises soulignent que leur implication se limite à une « coordination sécuritaire » et dénoncent le fait que les sanctions ne visent qu’une seule partie, ignorant selon elles les responsabilités de Kinshasa et de ses alliés.Cette nouvelle passe d’armes diplomatique intervient dans un contexte régional tendu. Elle coïncide avec les discussions récentes entre le Président Félix Tshisekedi et le nouveau chef de la MONUSCO, James Swan, sur le renforcement du rôle de la mission onusienne dans la surveillance et la vérification du cessez-le-feu, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité (notamment 2773 et 2808). Les États-Unis appellent à un retrait immédiat des troupes étrangères du territoire congolais et à une mise en œuvre effective des accords de paix, tout en avertissant qu’ils utiliseront « tous les outils à leur disposition » pour tenir les « spoilers de la paix » responsables.
À ce stade (mi-avril 2026), la situation sur le terrain reste préoccupante dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, avec des affrontements sporadiques, une crise humanitaire massive et des risques d’escalade régionale impliquant potentiellement d’autres pays voisins comme le Burundi. Les observateurs estiment que ces échanges au Conseil de sécurité reflètent les difficultés à faire respecter les accords signés, malgré les efforts diplomatiques intenses menés ces derniers mois. Ce dossier met en lumière les enjeux géostratégiques complexes dans la région des Grands Lacs : contrôle des ressources minières, sécurité transfrontalière, lutte contre les groupes armés et équilibres diplomatiques entre grandes puissances. Des développements sont attendus dans les prochaines semaines, tant sur le plan diplomatique qu’au niveau des opérations militaires et humanitaires sur le terrain.
Nadine Kibau
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