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SOCIÉTÉ

L'actualité sociale de la semaine en RDC

Près d’un mois après l’opération de déguerpissement musclé menée par l’Hôtel de ville de Kinshasa en février 2026, le quartier de Pakadjuma, dans la commune de Limete (secteur Kingabwa/Onatra), reste marqué par la désolation. Une vaste étendue de décombres, de tôles froissées, de planches brisées et de restes de maisons réduites en miettes s’étend sur l’ancien bidonville, autrefois densément occupé le long de la voie ferrée de l’ONATRA.Selon un reportage de Radio Okapi daté du 4 mars 2026, plusieurs familles sinistrées reviennent s’installer sur ces ruines, faute d’alternatives viables. Des dizaines de personnes errent parmi les débris, récupérant ce qui peut l’être pour reconstruire des abris de fortune précaires.
 
Beaucoup avaient été relogés temporairement à Kinkole (dans la commune de la N’Sele) ou sur d’autres sites proposés par les autorités provinciales, mais les conditions y sont jugées insupportables : absence d’eau potable, d’électricité, de latrines adéquates, faim persistante, et même des cas suspects de choléra chez les enfants. Certains habitants dénoncent également une stigmatisation et une précarité accrue dans ces zones de relocalisation.L’opération de février, supervisée par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki dans le cadre de « Retour à la norme », visait à libérer les emprises ferroviaires occupées anarchiquement pour relancer le trafic train et améliorer la sécurité et la salubrité urbaine. Elle a provoqué de vives tensions : affrontements avec les forces de l’ordre, blocage de routes, et dénonciations de « barbarie » et de traitement « déshumanisant » par des acteurs comme Prince Epenge (ADDCONGO) ou le collectif des députés de Mont-Amba. Une commission mixte a été mise en place pour superviser le relogement, et l’ONATRA a mobilisé des bateaux pour rapatrier certains sinistrés vers leurs provinces d’origine.Malgré ces mesures, le retour massif sur les décombres illustre le désespoir et l’absence de solutions durables.
 
Les habitants interrogés expriment un sentiment d’abandon : sans emploi stable, sans indemnisation adéquate ni relogement digne, ils préfèrent reconstruire sur place, au risque de nouvelles démolitions ou d’insécurité. Cet épisode relance le débat sur la gestion urbaine à Kinshasa : comment concilier assainissement, ordre foncier et dignité humaine face à l’explosion démographique et à la pauvreté extrême dans les bidonvilles ?Des voix, y compris dans l’opposition et une partie de la majorité, appellent à une approche plus inclusive, avec dialogue préalable, assistance sociale et reconversion économique, plutôt que des opérations bulldozer. Pour l’instant, Pakadjuma symbolise un « avant et après » douloureux pour la capitale congolaise.
 
Alain Lusanga

 

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