Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, reste une ville où la cohabitation entre les différentes forces de sécurité est parfois explosive. Jeudi 16 avril 2026, la commune de Makala, particulièrement sur l’avenue Elengesa (route reliant Makala et Bumbu), a été le théâtre de vives tensions, voire d’échanges de tirs, entre éléments des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et des agents de la Police Nationale Congolaise (PNC). Ces incidents ont plongé les habitants dans une grande inquiétude, rappelant une fois de plus la fragilité de l’ordre public dans certains quartiers populaires de la mégapole congolaise.
Tout serait parti d’un incident tragique en pleine circulation. Selon plusieurs témoignages et vidéos largement partagées sur les réseaux sociaux, un militaire des FARDC, en mission d’escorte, aurait ouvert le feu sur un motard (taximan moto) lors d’un embouteillage. Le motocycliste aurait été tué sur le coup, tandis qu’un autre aurait été grièvement blessé. Cet acte, survenu dans un contexte déjà tendu de circulation chaotique et de nervosité quotidienne, a immédiatement provoqué la colère des riverains et surtout des autres motocyclistes.
En réaction, des jeunes, principalement des conducteurs de motos, ont érigé des barricades, incendié des pneus et même brûlé ou endommagé un véhicule militaire. La situation a rapidement dégénéré en affrontements. Des éléments de la police militaire et des forces de l’ordre ont tenté d’interpeller le militaire responsable, mais ils se sont heurtés à une résistance. Des échanges de tirs ont alors été signalés entre policiers et militaires, plongeant le quartier dans une atmosphère de chaos pendant plusieurs heures. La circulation a été fortement perturbée vers le By-pass et les axes environnants, obligeant de nombreux habitants à rentrer chez eux à pied ou à rester cloîtrés.
Le lendemain, vendredi 17 avril, la tension est restée palpable. Huit policiers auraient été arrêtés dans le secteur, certains accusés d’avoir participé aux violences ou d’avoir tenté d’exploiter la situation. Le militaire auteur présumé des tirs mortels serait en fuite, selon les informations qui circulent. Les autorités militaires et policières ont déployé d’importants effectifs pour ramener le calme, mais la méfiance persiste entre les deux corps.
Cet événement n’est pas isolé. Il révèle des problèmes structurels profonds à Kinshasa : rivalités parfois violentes entre FARDC et Police, manque de coordination, impunité perçue lorsque des éléments en uniforme commettent des exactions, et exaspération d’une population déjà éprouvée par la vie chère, l’insécurité urbaine et les multiples formes de racket. Dans les communes populaires comme Makala, Ngaba, Bumbu ou Kalamu, les motocyclistes – souvent jeunes et précaires – sont à la fois victimes et acteurs de ces explosions de colère.Les habitants de Makala, interrogés par des médias locaux, expriment une profonde inquiétude. « Nous ne savons plus qui protège qui », confie une mère de famille. « Hier c’était un militaire qui tire sur un civil, aujourd’hui ce sont des tirs entre eux. Nos enfants ont peur de sortir. » Les écoles et certains commerces sont restés fermés ou ont fonctionné au ralenti les jours suivants. Des rumeurs de représailles circulent, alimentant l’angoisse.
Cet incident intervient dans un contexte national déjà lourd. La RDC fait face à une guerre intense à l’Est contre le M23 et d’autres groupes armés, ce qui mobilise une grande partie des ressources et de l’attention des FARDC. À Kinshasa, la capitale, les forces de sécurité sont censées garantir l’ordre, mais les cas de bavures, d’extorsion et de rivalités internes minent régulièrement leur crédibilité. La prison centrale de Makala, située dans la même commune, reste par ailleurs un symbole sensible de l’insécurité et des tensions carcérales récurrentes.Les autorités congolaises n’ont pas encore communiqué officiellement de bilan précis (morts, blessés, arrestations). Une enquête aurait été ouverte, comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation, mais la population reste sceptique quant à son issue. Dans un pays où l’impunité des hommes en armes est fréquemment dénoncée par les organisations de défense des droits humains, beaucoup craignent que l’affaire soit rapidement étouffée.
Cet événement de Makala rappelle cruellement que la stabilité de Kinshasa n’est pas acquise. Derrière les grands projets urbains et les discours politiques, les quartiers populaires vivent au quotidien avec la peur des uniformes, qu’ils soient verts (armée) ou bleus (police). La population, majoritairement jeune et résiliente, aspire à plus de professionnalisme, de discipline et surtout de justice au sein des forces de sécurité.
Tant que les rivalités entre corps armés persisteront et que les bavures ne seront pas sanctionnées de manière exemplaire, des incidents comme celui de l’avenue Elengesa risquent de se reproduire, alimentant un cycle de méfiance et de violence urbaine. Les habitants de Makala, comme ceux de nombreux autres quartiers de Kinshasa, attendent désormais des gestes concrets : clarification des faits, sanction des coupables, et surtout des mesures pour éviter que de simples altercations routières ne se transforment en fusillades.
La capitale congolaise reste sous tension. La population, habituée à ces soubresauts, espère que cette fois-ci, les leçons seront tirées pour préserver la paix fragile qui règne encore dans les rues de Makala et au-delà.
Nadine Kibau








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