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Le 17 juillet 2026, après une audience accordée aux représentants des principales confessions religieuses, le président Félix Tshisekedi a ouvert la voie à un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain ». Cette annonce, transmise par le cardinal Fridolin Ambongo, intervient dans un climat de forte tension politique, marqué par la crise sécuritaire dans l’Est du pays et les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. Immédiatement, un parallèle historique s’impose dans les esprits congolais : celui de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) de 1991-1992 sous Mobutu Sese Seko. Trente-quatre ans plus tard, le fils d’Étienne Tshisekedi, principal protagoniste de cette conférence, se retrouve face à un choix similaire. Commettra-t-il la même erreur que le Maréchal ?
 
Sous la pression interne et internationale, Mobutu avait annoncé le multipartisme en avril 1990. La Conférence Nationale Souveraine s’ouvrit en août 1991, se proclama souveraine et se donna pour mission de jeter les bases d’une transition démocratique. En août 1992, elle élut Étienne Tshisekedi Premier ministre de la transition. Mobutu accepta d’abord cette désignation avant de la saboter systématiquement. Il créa des gouvernements parallèles, refusa de céder le contrôle de l’armée et des finances, multiplia les manœuvres de division et finit par limoger Tshisekedi en mars 1993. Le processus fut vidé de sa substance. Le pays s’enfonça dans une transition interminable, une crise économique catastrophique et, finalement, dans la guerre qui emporta le régime en 1997.
 
L’erreur fondamentale de Mobutu n’était pas d’avoir convoqué la conférence, mais d’avoir voulu contrôler un processus qu’il n’était pas prêt à laisser aboutir. Il ouvrit la porte de la démocratie tout en gardant les clés du pouvoir. Cette double attitude transforma une opportunité historique en accélérateur de chaos.
 
Aujourd’hui, Félix Tshisekedi fait face à une combinaison de pressions similaires : une guerre dans l’Est avec le soutien rwandais au M23, une opposition qui rejette toute révision constitutionnelle, et des Églises et une société civile qui réclament un dialogue véritable. L’annonce du 17 juillet 2026 ressemble, par certains aspects, à celle de Mobutu : un chef de l’État qui accepte le principe d’un grand rendez-vous national tout en affirmant vouloir en fixer lui-même les contours, dans le respect des institutions et de la Constitution actuelle. Les similitudes sont claires : le président reste maître du calendrier, certaines forces d’opposition risquent d’être marginalisées, et le dialogue est présenté comme un instrument de cohésion nationale tout en servant potentiellement à légitimer le régime.
 
Pourtant, les situations ne sont pas identiques. Félix Tshisekedi n’est pas Mobutu. Il a été élu, même si ses scrutins restent contestés, il ne porte pas trente-deux ans de règne dictatorial, et il est le fils de celui qui symbolisa la résistance à Mobutu pendant la CNS. Cette mémoire familiale constitue un garde-fou potentiel. Le contexte géopolitique diffère également : l’agression externe crée une pression réelle à l’unité nationale qui n’existait pas de la même manière en 1991-1992.
 
Le risque de répétition de l’erreur existe cependant. Félix Tshisekedi pourrait instrumentaliser le dialogue pour faire passer une révision constitutionnelle, contrôler excessivement le processus (facilitateurs, participants, ordre du jour), refuser d’appliquer les conclusions qui lui déplairaient, ou utiliser le temps comme arme en faisant traîner les discussions. Dans tous ces cas, le dialogue deviendrait ce que la CNS finit par être : un exercice formel qui aggrave la crise au lieu de la résoudre.
 
Pour éviter cette erreur, plusieurs conditions paraissent essentielles : une inclusivité réelle, un cadre clair et partagé dès le départ, et une acceptation préalable que le dialogue puisse produire des recommandations contraignantes, y compris sur le calendrier électoral et la question constitutionnelle. Les confessions religieuses, qui ont joué un rôle de médiation décisif, insistent déjà sur le caractère apaisé et républicain du processus.
 
L’histoire ne se répète pas mécaniquement, mais elle bégaye souvent. Mobutu a cru qu’il pouvait organiser une grande conférence tout en restant le maître absolu du jeu. Il a perdu. Félix Tshisekedi a aujourd’hui l’opportunité – et le lourd héritage familial – de démontrer qu’il a tiré les leçons de 1991-1992. Le dialogue qu’il a accepté le 17 juillet 2026 peut être un véritable tournant vers la cohésion nationale ou le début d’une nouvelle impasse. Tout dépendra de sa capacité à accepter ce que Mobutu n’a jamais accepté : qu’un processus véritablement souverain puisse produire des résultats qu’il ne contrôle pas entièrement. La République démocratique du Congo n’a plus le luxe de refaire la même erreur.
 
 Nadine Kibau

 

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