
Si Félix Tshisekedi organise réellement un dialogue national inclusif ouvert à toutes les parties, y compris au M23 et aux proches de Joseph Kabila, il pourrait infliger un coup politique majeur à Paul Kagame. Une telle initiative ne serait pas seulement un geste de décrispation interne. Elle pourrait retirer au président rwandais l’essentiel de ses arguments contre Kinshasa et le mettre dans une position très inconfortable.
Depuis des années, Kigali justifie son implication dans l’est de la RDC par le récit d’un pouvoir congolais incapable de dialoguer, d’un État qui refuse de parler à ses propres fils et qui préfère l’affrontement. En ouvrant la porte à un dialogue large qui inclurait le M23, Tshisekedi casserait ce narratif. Il montrerait au monde que la République démocratique du Congo est prête à parler à tous ses enfants, même à ceux qui ont pris les armes, dès lors qu’ils acceptent le cadre de la souveraineté nationale.
Ce serait une façon de désarmer politiquement Kagame. Comment le Rwanda pourrait-il continuer à parler d’« exclusion » ou de « dialogue impossible » si Kinshasa invite publiquement les protagonistes du conflit à s’asseoir autour d’une table ? Les accusations de fermeture et d’intransigeance perdraient beaucoup de leur force. La communauté internationale, déjà attentive aux processus de Washington et de Doha, aurait du mal à maintenir la même pression sur la RDC si celle-ci démontre une volonté réelle d’inclusion.
Bien sûr, une telle ouverture comporte des risques. L’opposition interne et une partie de l’opinion congolaise pourraient y voir une concession trop grande. Mais politiquement, le calcul est clair : en élargissant le dialogue, Tshisekedi passerait de la position de celui qui refuse de parler à celle de celui qui tend la main. Kagame se retrouverait alors face à un choix difficile : soit accepter que le dialogue se fasse sans lui et perdre son rôle de « protecteur », soit reconnaître qu’il n’a plus d’argument sérieux pour justifier une présence militaire ou un soutien aux groupes armés.
Un dialogue vraiment inclusif ne serait pas seulement une affaire intérieure congolaise. Ce serait aussi un instrument diplomatique puissant. En invitant le M23 et les proches de Kabila, Tshisekedi pourrait retourner la situation et placer le Rwanda dans l’obligation de s’expliquer. C’est précisément ce que signifie « mettre Kagame dos au mur » : lui retirer ses principaux arguments et le forcer à choisir entre la paix réelle et l’isolement.
Nadine Kibau








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